camille_mexique (Copier)

Camille Burger – « El guido del crevardo : Mexique »

Embarquement immédiat vers le bordel : « El guido del crevardo : Mexique », de Camille Burger débarque aux Editions Fluide Glacial.

Le titre donne immédiatement le ton : c’est le carnet de bord de la génération X-Y-Z, sans le sou et pleine d’envie, perdue dans le pays des mariachis en parlant espagnol comme une vache lituanienne. Soit le chien (« Camilla Borges », notre auteur), le canard râleur (Camille « Donna » Besse) et le chat fumeur-comme-un-pompier (Pierre « Pedro Zocalo » Place), copains dessinateurs exilés pour quelques semaines dans le sud Mexique et bien décidés à accumuler check-listelguidodelcrevardo1-0d2b4 pittoresques, drogues et fiesta locales, si possible en soulignant la glorieuse pacotille de ce monde fabuleux du tourisme au milieu de la misère, des éco-musées, de la violence et de la lucha libre (dans le désordre).

Cerveza ! Mezcal ! Tequila ! Aussi dense que la banlieue de Merricccccccooo, aussi bordélique que l’état politique du pays, c’est l’à-peu-près-guide rêvé, à peu-près-exact-ou-pas-du-tout mais bourré de ce qui fait le sel unique d’un voyage : le détail incongru (l’absence de terrasse dans la capitale, le quartier chinois tenu par des mexicains pour cause de meurtre de toute la communauté, le chemin de croix de boutiques à touristes), la pratique bizarre (les poudres magiques ou les alcools louches), la coutume déglinguée ou les diarrhées carabinées (nombreuses), le tout accumulé jusqu’à la gueule avec force détail.

Alors bien sûr, on se mithridatise un peu au fil des pages et le côté pied au plancher de l’album (la faute sans doute à une parution initiale sous forme de strips) finit par étouffer et lasse par instants par sa fébrilité et son côté « saut de puces » d’un lieu à l’autre, d’une historiette à l’autre sans faire sens.elguidodelcrevardo2-95f14

Mais ces toilettes chelous, ces pièges à touristes et ces bijoux en plastiques vendus à prix exorbitants nous tendent un hilarant miroir : celui d’un gloubiboulga mondialisé, tout autant amusant qu’effarant (les américains obèses en Segway et paquebot, on est toujours le touriste d’un autre).

Des dieux et des temples : à travers son témoignage rigolard et distancié, conscient que cette « mise en scène » fait partie du voyage et servi par un trait oscillant du cartoon au LSD, l’album ne raconte pas tant le folklore d’un pays que celui des touristes face à lui, pris entre le fait de vouloir savoir et saisir l’âme d’une civilisation et la flemme de retenir quoi que ce soit (les hilarants appartés historico-portenawak sur l’invention du football ou l’arrivée des espagnols).

Ce drôle de monde que Thomas Pynchon appelait « le monde de Baedeker », du nom de l’inventeur du guide voyage moderne : une infra-monde, plaqué sur ou sous le réel, avec ses codes, ses lieux, ses fausses sincérités et son vrai toc, petit théâtre dont « El guido… » pourrait constituer une synthèse éclairée et hilarante.

Sur-excité, sur-volé, en sur-régime : si vous aimez la mer, si vous aimez la montagne, si vous aimez l’alcool et les courantes : AY AY AY.

[En bonus : Fluide Glacial étant sympa, quelques pages à découvrir dès maintenant ici : https://issuu.com/fluideglacial/docs/camille_mexique?e=1738384/34421032 ]

Editions Fluide Glacial, 96 pages, 17 euros. En librairie depuis le 20 Avril 2016.

 bandeau-dialogues-blanc

A propos de Jean-Nicolas Schoeser

Laisser un commentaire