Deuxième adaptation d’un roman de Osamu Souda après celle live en 1988 de Hiroshi Sugawara, 7 Jours, derrière ses allures de teen-movie policé, s’avère plus profond et retors que prévu. Ne vous fiez pas aux dix premières minutes installant les codes usités de ce genre très prisé dans l’animation japonaise, soit une musique envahissante entre ritournelles néo-classiques et pop sucrée dégoulinant de mièvrerie, une galerie de personnages jeunes, beaux et surtout stéréotypés, un style graphique académique mais soigné prenant pour cadre la banlieue d’une petite ville japonaise. Les admirateurs de Your Name ou encore Lettre à Momo seront en terrain connu, séduits par une forme de naturalisme épuré cherchant à ancrer les personnages dans un contexte réaliste avant de prendre des chemins de traverse.

7 jours

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Très vite, le film dessine une ligne narrative surprenante déjouant la plupart de nos attentes ; la rom-com promise n’aura pas lieu ou sans rien dévoiler sous une autre forme plus singulière. A la veille des vacances d’été, Mamour,  découvre que sa voisine Aya, fille d’un politicien en vogue, va déménager à Tokyo. Secrètement amoureux d’Aya, il lui propose de fuguer une semaine pour fêter ses 17 ans. Ils trouvent refuge dans une usine désaffectée où ils sont rejoints par leurs amis. Ils vont découvrir qu’ils ne sont pas les seuls à se cacher : un jeune réfugié thaïlandais en fuite s’y trouve. Recherché par la police, il s’est installé dans l’usine en attendant de retrouver ses parents. La perspective d’un séjour lumineux et champêtre se transforme en une véritable lutte contre les forces de l’ordre, et plus généralement le monde impitoyable et déshumanisé des adultes, dès lors que les six ados ont décidé de protéger coûte que coûte le réfugié. Durant sept jours le conflit se transforme en véritable guerre des générations.

7 jours

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Une fois la bluette écartée ou plutôt différée, 7 Jours prend des allures de pamphlet politique et résonne avec l’actualité récente, notamment sur la question des migrants, thème central de certaines campagnes politiques de nombreux pays occidentaux. L’universalisme du propos tient au fait que le contexte n’est pas explicité, il s’inscrit dans une situation globalisante même si entre 2014 et 2019, la Thaïlande était dirigée par un régime militaire incitant les opposants à fuir le pays. Yuta Murano s’attache davantage au bon sens, à la logique d’entraide, au décalage qui règne entre le pragmatisme des adultes et l’idéalisme des adolescents, prêts à rentrer en résistance pour une cause juste. Le constat édifiant peut prêter à sourire. Mais la naïveté assumée est aussi l’une des grandes qualités de ce manga animé, plein de charme et de surprises, qui assume littéralement sa critique radicale de la société japonaise patriarcale. En filigrane, les auteurs dénoncent un modèle archaïque, dominé par les hommes dans lequel les rapports de classe sont terrifiants. 7 Jours rend aussi compte d’un comportement effrayant des parents, n’hésitant pas à manipuler leurs propres enfants afin de satisfaire leur ambition personnelle. Cette noirceur se propage en douceur par le ton léger du  métrage, en dépit de la gravité des questions soulevées.

7 jours

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Ce monde factice et hypocrite régi par les adultes va jusqu’à infuser l’univers de ces lycéens à qui on apprend à tricher, mentir et cacher les émotions. Quand les masques tombent, ces pré-adultes vont au contraire se souder davantage et affirmer leur personnalité. L’amorce de la rom-com du début prend tout son sens lors d’une révélation, qui même si elle embrasse l’air du temps, s’avère très surprenante. Le réalisateur combine à merveille le collectivisme porteur d’espoir et les angoisses existentielles et sentimentales de chacun des personnages.  Ces derniers prennent une consistance inattendue derrière les clichés, évoquant irrésistiblement une version nippone du génial Breakfast club de John Hugues, référence souterraine mais éminemment présente. On y retrouve cette réflexion inquiète sur le passage de l’adolescence à l’âge adulte, ce virage effrayant de devenir tout ce que l’on redoute pendant des années.  En revanche, ce japanime séduisant et intelligent, à la portée de tous, ne convainc pas sur qui reste le point fort de beaucoup de mangas : les scènes d’action sont ratées, desservie par un montage apathique et une animation sommaire. Heureusement cette absence de rythme est compensée par un humour décalé qui sauve ces moments de l’ennui. 7 jours ne révolutionne pas le cinéma d’animation asiatique mais demeure une ode sensible et juste sur l’entraide derrière un produit de consommation à l’apparence conventionnelle.

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A propos de Emmanuel Le Gagne

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