Michel Ocelot – “Ivan Tsarevitch et la princesse changeante”

C’est dans d’élégants tissus que Michel Ocelot aura découpé cet ode à la féerie, à la liberté de se ré-inventer. Bien au delà de l’évidence des contes éternels, l’alchimiste animateur offre un ravissement sensoriel et comme l’auteur qu’il est, prend plaisir à s’inventer autant que ses personnages, en utilisant ses codes, en les remaniant, en les déviant toujours légèrement pour les amener dans un ailleurs lointain qui, pourtant, lui est si proche. Eventrer son style, le corps de son cinéma pour n’en garder que la sève et, dès lors, le reconstruire.

Reconnaissable entre mille, à chaque plan, ce petit dernier est pourtant différent. Cela en partie dû à une mise en scène intra-diégétique offrant l’audace scénaristique nécessaire, sans pour autant se parer de facilités. A travers cette histoire de projectionniste laissant à deux enfants, une fille et un garçon, la possibilité de s’inventer sans fin sur la toile, ou pour s’y aimer autrement, comme on le désirerait, au delà des rêves les plus fous. Dans un monde de fabulation, Ocelot, en tant qu’artiste, pourrait être la princesse changeante qu’il met en ombre et en lumière avec tant d’intelligence et d’humanité, contrariant par l’occasion, une complexité parfois surfaite, ou toute brutalité.

Le cinéma à cette force – par ses possibilités techniques ou narratives – d’ouvrir le récit à l’imagination du spectateur tout en restant guidé par la vision d’un metteur en scène, scénariste… et d’ainsi entreprendre – par les séparations distinctes de ces quatre petits contes – différentes approches. Ici, les histoires sont racontées séparément, leur propos n’en sera que plus limpide. Dans un premier temps c’est un rat doté d’intelligence et d’empathie, sorte de Jimminy Cricket Nietzschéen qui aidera la jeune fille à combattre les peurs qui cachent les sources de vie (quasi littéralement), un rat synonyme de conscience et de sagesse qui lui aussi se métamorphosera au cours de chaque sketch tout en gardant cette voix, cette fonction. Sous d’autres formes, il aidera à des questionnements sur l’imagination et la possibilité de l’artiste de s’inventer autant de vies qu’il lui plaira, ou sur la toute relative utilité de l’ambition dévorante (là aussi, littéralement : manger le maître, une fois celui-ci dépassé…).

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Et puis, il y a Ocelot qui – comme dans une ritournelle – reprend ses réflexions récurrentes, ses incitations fablesques à combattre le destin, les camisoles physiques qui entravent l’épanouissement, l’accomplissement des rêves. Lutter contre l’apparence (et même les apparences) et triompher autrement. Une bien belle et simple idée qui semble lui tenir cœur. La petitesse de Kirikou ou la monstruosité de cette princesse changeante l’attestent.

Outre l’indéniable beauté plastique faite de clairs-obscurs, d’ombres, de sang et de ciel, le film tend à laisser planer la possibilité de différentes lectures. Si l’émerveillement premier choit, les contes peuvent se révéler plus noirs et libidineux qu’il n’y paraît au premier abord. Rares sont donc, ceux qui se sentiront bernés.

Ivan Tsarévitch et La Princesse Changeante se meut alors en une pluie d’étoiles déposée sur les cornées dessinées, fictives, réelles ou enfantines… Un poème.

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