Né en Chine et ayant passé son adolescence entre son pays natal et l’Autriche – où il a notamment suivi les enseignements de Michael Haneke à l’Académie du Cinéma de Vienne – le cinéaste C.B. Yi signe avec Moneyboys son premier long-métrage dans  lequel il dépeint le parcours du jeune Fei, venu de la campagne chinoise dans une grande ville afin de se prostituer et subvenir par ce biais aux besoins de sa famille… 

Copyright Jean Louis Vialard

Un film qui, s’il frappe dès ses premières secondes par la beauté de ses images, se distingue avant tout par sa dimension intimiste et profondément existentielle. Moneyboys n’est ainsi jamais vulgaire ni voyeur, C.B. Yi choisissant de filmer chaque scène avec la plus grande pudeur au moyen de plans longs et contemplatifs minutieusement composés, quitte à créer un profond contraste avec la sordidité de certaines situations, mais sans jamais altérer l’efficacité de sa mise en scène (le découpage privilégiant toujours la clarté de la narration) ni la sensibilité du récit, brillamment incarné, du reste, par ses comédiens.

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L’un des exemples les plus probants de cette réussite formelle et thématique est sans conteste une impressionnante scène de fuite tournée en plan-séquence – ces derniers constituant un élément-clé du film – et en caméra portée dans un immeuble labyrinthique superbement décrépi, où le spectateur se trouve au plus près du personnage principal dont il partage alors le point de vue… 

En dépit de l’apparence mélodramatique que lui confère son intrigue, Moneyboys – dont le titre original, nettement moins racoleur, se traduit littéralement par « chercher » – est avant tout un récit existentiel dont le sujet profond est l’errance, figurée par le parcours de son protagoniste (Fei). Le film aborde ainsi, comme à travers des chapitres, la vie sur plusieurs années de ce personnage tragique déterminé à prendre soin de ceux qu’il aime mais dont la faille est précisément qu’il ne sait pas aimer ; s’oubliant sans cesse en cherchant à aider les autres, Fei se révèle prisonnier de son incompréhension du monde et passe sa vie à « arriver trop tard » partout, cherchant constamment à réparer l’irréparable et aimer ceux qui l’ont déjà oublié, causant à chaque fois, pour les autres comme pour lui-même, plus de souffrance qu’il n’y en eût eu sans lui…

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Cette dimension tragique se trouve également accentuée par le cadre où est située l’action : une Chine – reconstituée à Taïwan suite au durcissement de la censure en République Populaire – où les traditions liées à l’honneur sont encore prégnantes, du moins dans la campagne dont est originaire Fei. Une impasse culturelle kafkaïenne puisque c’est précisément par amour et par sens de l’honneur que ce dernier s’engage à soutenir financièrement sa famille même si le seul moyen dont il dispose pour cela (la prostitution, homosexuelle qui-plus-est) lui vaut immanquablement d’être rejeté par cette même famille ! Livré à lui-même, Fei cherche alors à retenir tous ceux auxquels il tient, sans voir combien son amour est destructeur, et fuit ceux qui lui ouvrent leurs bras pour comprendre trop tard que ces occasions manquées sont autant d’amours qu’il n’a pas su reconnaître à temps…

 

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Élégant et intime : Moneyboys est un premier film prometteur et un grand récit sur la solitude de ceux qui aiment mal. 

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