Les films d’Antony Hickling sont queers, libres, mal élevés, douloureux et tendres. C’est un cinéma de peu de moyens qui pose un regard toujours bienveillant sur ceux qui vivent en marge, cachés des regards, clandestins. Comme Alain Guiraudie, le cinéaste anglais installé en France leur offre des rêves de bonheur, des cauchemars cathartiques, les sublime, les aime.

Where horses go to die est une histoire de rencontres entre Daniel, peintre en mal d’inspiration, et trois femmes de la nuit, Divine (sans rapport explicite avec l’héroïne de Pink Flamingos), une prostituée transsexuelle qui rêve de vie “normale”, Manuela, transgenre au passé trouble en quête de rédemption, Candice, chanteuse fantasque et magnifique. Le film avance tel un collage, changeant d’ambiance au gré de portes ouvertes, de portes refermées, de visions imaginaires, de corps sublimés. Visuelles comme narratives, les ruptures déstructurent un récit non linéaire qui oscille entre fantasme et réalité.

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Les déambulations sont nocturnes, les rêves sombres ou lumineux, les corps magnifiés sur fond blanc ou noir, les récits de vie fracturés. C’est un cheminement mental et sensoriel qui flirte avec l’inconscient et pousse le spectateur à lâcher prise. Le film dit la douleur du monde, la fragilité d’être différent, le besoin d’amour, les espoirs d’une vie plus belle. Il parle de sexe et de trahison, de fierté, de transactions. Un personnage fredonne Wild is the wind, “Love me, love me, love me, say you do”

Malgré une production à très petit budget, le travail photographique sophistiqué et l’habillage sonore stylisé prouvent l’ambition formelle du cinéaste. Si l’ensemble souffre de quelques faiblesses d’écriture et de certains choix visuels discutables, notamment dans l’expression des pannes d’inspiration du peintre, la dynamique des variations et des juxtapositions narratives l’emporte dans une forme assumée. C’est un film hors normes (à peine plus d’une heure), à la fois intime et audacieux, le film d’un auteur qui place le cinéma à la croisée des arts.

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Travaillant avec Antony Hickling pour la troisième fois consécutive, Manuel Blanc compose un personnage hybride assez incroyable. Entre petite frappe et travesti amoureux, toujours juste, profondément attachant, il écarte toute caricature et ne se laisse aller à aucune complaisance. Assumant son imposante silhouette, Amanda Dawson (également présente dans Little gay boy, premier long métrage du cinéaste) confirme un talent puissant, une présence et un charisme indiscutables. À leurs côtés, Walter Dickerson et Jean-Christophe Bouvet complètent un quatuor au diapason.

Libre et à la marge, loin d’une industrie trop souvent formatée, le cinéma d’Antony Hickling perpétue une tradition underground dans la lignée de Derek Jarman, Bruce LaBruce ou John Waters. Imparfait, pas totalement équilibré mais salutairement impulsif, Where horses go to die met en lumière le travail d’un cinéaste à suivre.

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