Le cinéma d’Amérique Latine offre régulièrement des relectures intelligentes de mythes fantastiques confrontés à la réalité, employées comme métaphores de constats sociaux implacables. Souvent déconcertants dans leur rythme langoureux et leur approche réaliste, ces films intrigants confirment la contemporanéité d’un imaginaire et sa capacité à rendre compte du climat d’un pays, d’une époque.

© UFO Distribution

Qu’on se souvienne du film mexicain La Région sauvage où les rapports sexuels de l’héroïne et d’un monstre tentaculaire – relecture du Possession de Zulawski – venaient témoigner d’une libération féminine et de la revanche acerbe contre la domination machiste. C’est ce fantastique comme fragment incongru de la réalité qui caractérise cette nouvelle vague singulière du cinéma d’épouvante. Venu d’Argentine, Meurs, monstre, meurs annonce ces mêmes enjeux dès son exposition. Les photogrammes aperçus à la beauté ténébreuse un peu crasseuse laissaient espérer beaucoup, avec cette tonalité post-apocalyptique qui nous renvoyait au Element of Crime de Lars Von Trier.

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Hélas, c’est complètement raté. Malgré une direction artistique soignée, le film d’Alejandro Fadel se perd dans les méandres de bavardages censés semer le mystère mais qui ne font que disperser l’ennui, avant un profond agacement. L’impressionnante première séquence où une femme est décapitée sous une tempête de neige laisse espérer une œuvre à la fois brute et contemplative, perspective arrêtée nette par la suite, qui abandonne toute velléité poétique ou anxiogène. On aurait aimé trouver plus de brume dans l’élaboration du surnaturel que dans cette accumulation de phrases empesées, de considérations philosophiques tellement conscientes de leur sens profond qu’elles n’en n’ont plus aucun.

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Et quelle emphase ! La torpeur nous étreint petit à petit, puis l’espoir d’être sauvé par le générique de fin. A force d’intellectualiser le genre, de le tordre et de le prendre de haut, ne risque-t-on pas d’en évacuer l’essence magique ? Le réalisateur a beau tenter de se rattraper in extremis avec sa révélation lovecraftienne qui renvoie maladroitement aux thématiques de The Thing, il sombre finalement dans le grotesque avec l’apparition au grand jour de sa créature, mix de bite et de vagin – qui doit sans doute pour le réalisateur avoir une signification symbolique moins sibylline que pour le spectateur – bien plus proche des moments animés de Pink Floyd the Wall que de Cthulhu. Prétentieux, vain et abscons le film d’Alejandro Fadel fera néanmoins office de Lexomil efficace à ceux qui aiment s’assoupir dans les salles de cinéma. Dors, spectateur, dors.

A propos de Olivier ROSSIGNOT

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