Premier long métrage de Marine Atlan, La Gradiva est une révélation de ce 79e Festival de Cannes. On y découvre une classe de lycéens de Montrouge partis en voyage scolaire à Naples. À l’image de cette ville «belle et chaotique», les adolescents sont en effervescence, toujours au bord de l’irruption.

Les observations de sorties scolaires, entretiens et improvisations menés par l’équipe en amont du tournage donnent au portrait de groupe une grande justesse et un style presque documentaire. La caractérisation des adolescents (le beau gosse, le cancre, l’élève modèle, l’artiste solitaire, les filles « baisables » et les « pas baisables ») se dessine par touches légères. Rien n’est jamais figé : les corps virevoltent, les rôles s’échangent, les rapports de force se déplacent.
S’organise alors une ronde ininterrompue de paroles, de regards et de désirs. Au milieu de ce tumulte, la professeure de latin, incarnée par l’extraordinaire Antonia Buresi, tente de maintenir un cadre dont chacun éprouve les limites. Le regard qu’elle porte sur ses élèves, comme celui qu’ils portent sur elle, ne cesse d’évoluer. Le nôtre aussi. Entre tous ces personnages, le film refuse la hiérarchie : la narration glisse de l’un à l’autre. Tony et James, portés par les incandescents Colas Quignard et Mitia Capellier, en constituent cependant le coeur. Peu à peu émerge aussi Suzanne (Suzanne Gerin, d’une belle gravité). Élève d’arts plastiques peu grégaire, elle observe les événements depuis leur périphérie et devient le témoin privilégié du drame. C’est par elle que le film trouve sa voix finale et transforme la bande d’adolescents en chœur antique.
Car La Gradiva est traversé par la catastrophe. Naples y apparaît comme une terre vouée à la répétition des secousses. Les visites s’attardent longuement sur la disparition de Pompéi sous la cendre. Mais Atlan s’intéresse moins à l’Histoire qu’aux fictions : celles qu’on transmet, celles qu’on invente, celles auxquelles on choisit de croire. Dans le train qui le mène en Italie, Tony, secondé par son copain James, raconte une légende familiale forgée autour de sa grand-mère qui fut domestique dans une famille d’aristocrates napolitains. Leur magnifique amitié s’impose d’emblée à travers le partage d’un récit commun. Mais c’est précisément de la déconstruction brutale de ce roman des origines que naîtra la tragédie. On ne s’étonnera donc pas que le film emprunte son titre à une nouvelle de Wilhelm Jensen sur la projection fantasmatique. Dans les deux oeuvres, la région de Naples est le creuset où s’affrontent dangereusement l’idéalisation et le réel.
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