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Nicolas Paugam – « Aqua Mostlae » (2016)

En attendant le bel ouvrage du futur album (à paraître dans le courant de l’année prochaine), nous pouvons nous replonger dans le premier disque de Nicolas Paugam, Aqua Mostlae, qui ressort en ce mois de décembre agrémenté de deux titres supplémentaires. A l’origine, il s’agissait d’une compilation concoctée en 2014 par la Souterraine, qui puisait dans les quatre premiers albums inédits du Paugam de 2009 à 2013 : Le col du Galibier, Douces Barbaries, Les Musiques Intranquilles, et Le Tamanoir des Rêves (voir notre article précédent), pour fabriquer un album fluide et cohérent.  Un premier pas à redécouvrir, étonnamment rafraîchissant…

On a redécouvert Nicolas Paugam, ancien membre de Da Capo, le groupe de son frère Alexandre, à l’aube du disque sorti à l’automne 2015, l’excellent Mon Agitation. Entre les premières moutures de certains morceaux datant des premiers albums, qui sont présents sur ce disque mais réarrangées, il y a des différences certaines – une voix qui s’affirme, des arrangements un peu plus soutenus – mais l’esprit, joueur et vagabond, malgré les ombres qui s’immiscent ça et là sur le dos des chansons, reste le même. Peut-être en a-t-on trop fait sur les amours tropicalistes de l’auteur, fan de Tom Zé, tout autant amateur de pop indé, de prog et de jazz avec toutes les licences des années 70, mais le fait est là : Nicolas Paugam conçoit une forme généreuse de variété, dans laquelle se fondent toutes ses influences, instrumentales mais aussi vocales, chantonnées et narrées ; une manière de dire, que la chanson, c’est autant un verbe français qu’une musique qui défie les carcans catégoriques. En ce sens, quelques glorieux brésiliens, anglais et même français, adeptes des croisements azimutés, lui ont servis d’aiguillons : Marcoeur, Annegarn, Wyatt and Cie. Mais comme toujours, mieux vaut laisser de côté les modèles supposés, pour mieux s’abandonner à la particularité d’un auteur…

Et ça commence fort ! On grimpe le col du Galibier en guise d’introduction. Mais mieux vaut se méfier du soleil qui se voile, de la neige qui craque et des avalanches. « Si tu vas par là, n’y va pas, n’y va pas. Si t’es suicidaire, on y va ». Mais ne pas se fier à ces couplets un rien alarmants, le Col du Galibier à l’instar des autres titres présents sur cet album, avance avec insouciance, rythmé par de petites claves, un peu de guitare électrique et de basse, et la douceur de quelques cordes frettées. Une sorte de petite samba en somme. Les tubes ne sont pas en reste non plus sur cet album : l’impayable Facile (pied de nez aux pourfendeurs de l’intermittence « Tu m’as vu bien souvent composer en un instant. Oh c’est facile, trop facile ») ; le très beau La Fièvre (belle chanson d’amour chavirée) ; le dénommé Villéglé, capitaine des armées de 14-18, qui trépasse dans J’ai connu une colombe ; jusqu’au libérateur Tu vois pas qu’on s’aime pas. A vrai dire, on reste interloqués de voir que si peu (mais quand même : Telerama, FIP) aient perçu le potentiel mélodique de ce tendre trublion.

On pourrait continuer énumérer le reste de l’album jusqu’aux ultimes Partiba et l’Holocauste du Cerf – les deux bonus tracks de cette édition, en plus du livret incluant les paroles des chansons – rien n’y fait, des espagnolades juqu’aux jams les plus déboutonnées, à grand renfort de Jazz ! et de Pa-pa-pa-pia, voilà un album dont on n’est pas près de se lasser ; les imperfections ponctuelles étant balayées par une telle générosité !

Aqua Mostlae est disponible depuis le 9 décembre 2016 (Microcultures / Differ-ant)

A propos de Robert Loiseux

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