Larry Gonick – « Les statistiques en BD » et « La physique en BD »

Bienvenue dans le monde merveilleux des sciences : continuant une série déjà commencée depuis quelques temps, et surfant sans doute sur la vague amorcée il y a quelques années par le sublime ‘Economix’ de Dan Burr et Michael Goodwin, paraissent ces mois-ci aux éditions Larousse « La physique en BD » et « Les statistiques en BD », tous deux signés Larry Gonick au dessin et s’adjoignant dans chaque cas un spécialiste du domaine, UCLA, MIT et thésards represents.


Ecumant de l’histoire de l’art à celle du rock, sorte de « Pour les nuls » new generation, ces ouvrages obéissent tous à la même accroche : du fun, de la vulgarisation, et de la BD pour faire passer la pilule du concept.

81q4s8orijlRéussis, ils peuvent être profondément brillants : de L’histoire du théâtre dessinée d’André Degaine (qui sert aujourd’hui de référence à bon nombre d’enseignants) au tautologique Art invisible de Scott McCloud (sur le media bande dessinée), les exemples sont légions, autant que les accidents nombreux. C’est dire si le programme était alléchant, face à la rugueur absolue de ces deux matières.

Et c’est là où immédiat le bât blesse : quelle est donc cette quantité de textes et de formules mathématiques ? Et où est le dessin promis ?

Car, là où pêchent l’un comme l’autre des ouvrages, c’est dans leur capacité à mettre en scène lesdits concepts : là où « Economix », certes chef d’œuvre du genre, parvenait à créer une narration réelle, mélangeant histoire, concepts et rares formules pour faire de cette matière totalement rêche un voyage passionnant, les deux ouvrage attaquent eux le problème par la face Nord, à coup de formules dès les premières pages, sans contextualisation ni enjeu, sans histoire ni Histoire, voire pire, sans réelle bande dessinée.

Ne procédant que par petits contre-points sous formes de clins d’œil et blagounettes, difficile de ne pas voir à quel point le concept « en BD » a été entériné à la truelle, sans aucune articulation autre que l’illustration ou la galéjade pataude. Même les croquis, souvent justes et nécessaires eux à la compréhension donnent l’impression d’avoir été griffonnés pour surajouter à l’aspect « BD » de l’ensemble alors qu’ils auraient parfaitement fait leur ouvrage en format classique.

Pas étonnant que dès la page 16, un petit personnage s’écrit, face à une page couverte de ∑ : « Super ! Cette fois ca ressemble vraiment à un bouquin de statistiques ».

Dommage, car passé le premier renvoi de souvenirs douloureux et évacué la déception, les deux ouvrages (en particulier celui sur la physique, largement au-dessus) se révèlent suffisamment vastes et enlevés pour avoir un bon panorama des différentes matières, rafraichissement de mémoire de nos lointaines études dégraissé juste ce qu’il faut pour que le feuilletage en soit profitable et jamais lourd à qui en possède déjà les lointains fondamentaux : probabilités, intervalles et échantillonnages dans l’un, forces, lois de Newton et électricité dans l’autre (notre chouchou).

Mais ne prenons pas les racines carrés pour des lanternes : un agréable cours illustré, sans doute, une bande dessinée surement pas.

Editions Larousse, 17,99 euros.

A propos de Jean-Nicolas Schoeser

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