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Ilaria Borelli et Guido Freddi – « Retour à la vie »

Mia, italienne « de souche » et photographe parisienne à succès, rejoint son mari au Cambodge pour y adopter un enfant. A peine arrivée devant son hôtel international, elle reconnait son mari dans un tuk tuk qui s’éloigne. Elle le suit jusqu’à un bordel sordide peuplé d’enfants ; où dissimulée, elle voit son mari abuser d’une petite fille. Elle s’évanouit, son sac Dolce & Gabbana (ou Gucci) dans la boue…

Le sujet casse-gueule des enfants esclaves sexuels, déjà maintes fois traité avec une approche documentariste, souvent en caméra cachée, se retrouve au centre d’une fiction dramatique à la vision crue. L’histoire aux ramifications d’une mangrove se construit à partir de faits réels recueillis par les réalisateurs/auteurs pendant de longs séjours sur place.

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Tel un épais mille feuilles, le film empile toutes les couches de l’abject, de l’obscène, jusque dans des détails dégoûtants décrits de cette triste réalité. Les personnages « monstres », que ce soit la mère maquerelle, le jeune boss et ses acolytes, le vieux big boss : un général pédophile, les clients caucasiens la cinquantaine/soixantaine bedonnante, la mère d’une enfant et le mari prétexte, sont lâches et/ou malsains à l’extrême.

S’intercalent entre ce cloaque de pourri(e)s, l’histoire de Mia, femme occidentale gâtée, névrosée et hystérique, cocaïnomane (au Cambodge, c’est gérable comme être pédophile !), trahie par son mari ; et le cauchemar éveillé des trois petites filles meurtries dans leur chair au sens propre et au sens figuré, qu’elle essaie de sauver. Une « partition », plutôt une sorte de torture très écrite pour les petites comédiennes : c’est à travers leurs mots que s’explicite le mal. Dans ces strates saines du film, les personnages rencontrés sont désintéressés, généreux, bouddhistes pratiquants.

Enfin, le film superpose au reste, des scènes documentaires sur la réalité des cambodgiens en ville puis en forêt, comme autant de raccords, de captations d’un réel, de plans cut, qui doivent faire jugement et délivre des preuves d’authenticité … sur la pauvreté, la saleté (surtout de l’eau), les dangers de la forêt tropicale humide, la déforestation, etc. Cela fait beaucoup pour un seul film.

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Les paysages sublimes et la photo soignée n’y feront rien, tant le film achoppe souvent en termes de rythme et d’écriture, à vouloir trop raconter, trop montrer, trop émouvoir, trop… Le plus difficile à saisir pour une oreille éduquée, c’est l’omni présence d’une B.O. énigmatique qui finit par déranger. Un mélange original de pièces de piano classique, de morceaux exotico aériens, de musiques néo psychés et « vangélissiennes » (!), doublés de thèmes proto anxiogènes… Une sorte de brouhaha kitch soit déplacé, soit appuyé.

La réalisatrice également comédienne dans le rôle principal est sans aucun doute sincère et révoltée contre ces atrocités. Mais son engagement comme personnage, comme féministe, comme petite fille, comme auteure, comme sauveuse, comme réalisatrice, comme seule contre tous, comme… fait de colère, de fureur contre les salauds et aussi contre elle-même, finit par plomber et empêche qu’on la suive. L’évolution de son personnage s’accomplit à la machette, comme si l’auteure qu’elle est, et son double de fiction, ne s’accordaient pas assez pour toucher juste. Et c’est probablement parce que ce projet de road/river/jungle movie ne semble pas croire beaucoup en lui-même qu’une sorte d’aveuglement paraît le traverser de bout en bout ; et sans doute aussi l’illusion, la vanité qu’il pourrait changer le monde…

A propos de Christophe Seguin

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