Ping Machine – "Encore"

sortie le 26 septembre 2013 sur le label Neuklang
Prêts pour le voyage? Le nouvel opus de Ping Machine sera mis en orbite sur vos platines (si vous y consentez) à compter d’aujourd’hui. Au menu pas mal de sensations fortes : la bande originale envoûtante d’un film imaginaire avec pour base un ostinato rythmique vertigineux, prompt à faire basculer James Stewart dans les abysses (Encore), un drôle de sax baryton qui fait GRR.. en défiant l’orchestre mais qui finira peut-être terrassé par quelques coups de baguettes sur le museau (Grrr…), et enfin, un lever de soleil dans un no-man’s land désertique, entre aridité minérale et vestiges industriels menaçants (Trona).
Ces trois pièces épiques, découpées parfois en plusieurs étapes, sont autant d’invitations à des escapades imaginaires. Le leader Frédéric Maurin, épaulé par son rutilant équipage, y construit d’intenses dramaturgies, faites de pics et de détentes, d’accélération, de chevauchements, mais sait aussi prendre le temps de camper des atmosphères (Trona). Il joue alors de grandes étendues, tantôt blêmes, tantôt colorées, et d’une palette plus pointilliste. La musique, assurément exigeante et complexe, surprend par son accessibilité et sa lisibilité. Elle captive de bout en bout par sa force d’évocation, sa diversité, ses turbulences, et surtout, son incessante dynamique faite de relances et de variations.
Pas d’ennui ici ni de piétinement. Une fois le disque enclenché, on vous prévient, il est possible que vous restiez scotché à votre enceinte tant vous verrez défiler de personnages solistes, bien ou mal tempérés, qui se mettront toujours au service de cette grande aventure collective. Vous admirerez l’architecture de cette belle mécanique mais aussi ses pointes de folie, les voix (instrumentales) qui s’éraillent et les grooves de côté. L’espace temps de ses trois compositions fleuve (jusqu’à 32 minutes pour la première) vous paraîtra si dérisoirement court, qu’instantanément, vous en redemanderez  en….
Ping Machine, qui en est à son quatrième album, a affiné à force de concerts, la cohésion de son orchestre, si bien que dans certaines parties, on se surprend à ne plus distinguer les instruments et à n’entendre que de larges mouvements où l’orchestre semble se muer d’une seule voix, et ce, même lorsqu’il emprunte les bifurcations les plus aveugles. Ailleurs les interventions se tuilent jouant de polyrythmies et de contrepoints complexes, et produisent, à force de patientes additions, des effets bluffants d’over recording.

C’est bien de jazz qu’il est question ici, mais d’un jazz ouvert à toutes les influences, malléable à souhait, tantôt tonique et traversé de zébrures électriques, tantôt apaisé et évoluant vers des climats plus éthérés. Un vent d’électricité anime certaines pistes (la deuxième partie d’Encore évoquera sans mal la période jazz-rock de Miles Davis) et la section rythmique charrie aussi son lot d’énergie brute avec parfois, de lourds martèlements dans les basses. Le jeu de Frédéric Maurin sur Trona pourra également évoquer les broderies atmosphériques d’un Frisell ou les manipulations sonores de Fripp. Pourtant, loin de se réduire à une liste d’influences, la musique de Ping Machine reste une synthèse très singulière qu’on pourra difficilement assigner à un genre ou à une étiquette trop fermée.

Grand orchestre jazz, mais ponctué d’interventions orchestrales peu courantes et souvent subtiles : des flutes, une guitare électrique, un vibraphone présent sans être envahissant, Ping Machine ne s’identifie pas davantage au cliché du Big Band, tout en exubérance et en tonicité surjouée. C’est avant tout le souci des compositions, qui guide les gestes musicaux de Ping Machine : un choix de couleurs, de séquences et d’évènements, un sens du récit et des dynamiques.

Les trois plages d’Encore ont été enregistrées live à l’occasion d’une résidence au Petit Faucheux à Tours. L’enregistrement et le mixage de l’album, réalisé par l’ingénieur du son Philipp Heck, restituent avec une présence remarquable l’éventail des nuances orchestrales tout en rendant avec clarté chacun des instruments. Véritable gageure au vu de la complexité des compositions, le disque donne un avant goût, et dresse même une photographie très précise, de ce que peuvent-être “les” Ping Machine sur scène. En attendant de se rendre au concert, on pourra toujours se repasser Encore une nouvelle fois. C’est vraiment à croire qu’ils l’ont fait exprès!

http://www.ping-machine.com
(crédit photos : Christophe Alary)

 

A propos de Robert Loiseux

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