Ma pauvre Lucette. Folklore du futur de la zone mondiale.

Né à Grenoble, l’existence du groupe commence par un requiem, celui de l’éponyme Lucette. Lucette, Lulu, « le plus beau drame de ma vie ».

L’oxymore n’est plus ici une simple figure de style, c’est une genèse. Celle d’un groupe qui vit sur les bords de l’identité comme de la musique. Quand j’ai entendu pour la première fois le groupe, c’était avec le morceau « Elle disait ». Sa guitare et ses riffs lumineux m’emmenaient sur les rives d’une musique d’Afrique noire. Quand j’ai écouté les paroles, faut pas se voiler la face, c’est dans une langue nouvelle que le groupe nous prenait à témoin. Le quotidien est une magie sans cesse renouvelée, douce amère, une magie douce.

« Ma pauvre Lucette » fabrique ainsi son propre folklore, né de la disparition trop rapide, de la véritable Lucette. Légende et réalité, c’est un deuil singulier, comme devrait l’être chaque deuil, qui va remplir l’espace. Ce n’est pas la reproduction en série d’un code sociétal. Ni d’un code barre. C’est ainsi que la musique de MPL est unique et ne ressemble à aucune autre. Ce qui est rare aujourd’hui, et fait tant de bien aux oreilles ainsi qu’aux viscères qui les relient l’une à l’autre et nous serrent occasionnellement d’esprit.

« Il me reste un bout de mémoire de ce que le vent m’a laissé ».

Un décès égale une naissance. Mars 2012 se forme donc le MPL, autour d’une disparition.

Aucun membre du groupe n’est alors musicien professionnel. La nécessité de jouer ne vient pas de la volonté de le devenir. Elle vient plutôt d’une évidence née avec le temps et sortie du néant le plus obscur, celui de la mort encore une fois. Pour autant jamais le groupe ne verse dans le dépressif, la nostalgie voire le morbide. Non, de la mort ils ne retiennent que la vie et tout ce qui la rend plus forte et plus accorte.

Le parcours du groupe sera célébré en 2018 quand  ils sont lauréats du prix Claude Nougaro.

Ce qui m’a immédiatement séduit en écoutant MPL, c’est la déconcertante fraîcheur musicale coulant des chemins que se permet d’emprunter le groupe. C’est simple, à la première écoute de « Elle disait », j’ai cru écouter un morceau de musique Afrique centrale ou de l’Ouest, avec ses riffs de guitare ataviques. Un atavisme joyeux, comme seule une culture dans laquelle la vie et la mort sont intimement liées, mais où la vie triomphe toujours.

Sentiments étranges aux timides certitudes, celles que quoiqu’il en soit, la vie doit toujours avancer, comme un train sans conducteur, dans lequel les passagers célèbrent la nuit et ses étoiles filantes

« Cachez-vous et lâchez-vous ».[1]

Un morceau qui pose parfaitement, pour moi, les formes de la musique de MPL, c’est « Infidèles destriers », fantasmes ultimes de qui se rêvent en cow-boys arc-boutés sur ses étriers. Musique moderne aux accents médiévaux, transformant l’amour courtois en danse nuptiale post moderne. N’ayons peur de rien ! Ainsi le gentil manège équestre devient bacchanale libérée pour adultes consentant !

Où que semble nous emmener MPL, il faut préférer abandonner toutes projections, lâcher la raideur de la réflexion cartésienne et laisser penser le corps.

 

Laisser penser le corps…

« Même si tu sais pas danser, on pourrait tourner un peu
Si tu marches sur mes pieds, je disparais sous tes yeux ».[2]

Les paroles de MPL mélangent de façon parfaitement équilibrée, une rationalité éthérée avec un onirisme formel. Les formes qui sortent de ces mondes-là, empreignent chez l’auditeur  les décors d’un monde qui vient se substituer au nôtre, pour mieux en extraire la substantifique moelle. L’apanage de l’art, tout simplement.

Ainsi MPL parvient, par son regard, à transformer la culpabilité stérile en une forme de joie mélancolique dansante sur les ruines encore chaudes d’un château ravagé par un feu de joie.

 


Interview audio  réalisée au Musique Vercors Festival d’Autrans, le 9/07/2018

Photos du festival via Flickr

Le site web du groupe

 


[1] Dans la chanson « Le videur du quartier »

[2] In « Elle disait ».

A propos de Vasken Koutoudjian

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