Nadine Mouque, c’est d’abord l’histoire d’un mec perclus dans sa banlieue, ni trop beau ni trop propre, et jouant de malchance à chaque partie. C’est surtout l’écriture râpeuse et tendre du regretté Hervé Prudon, disparu en 2017, qui maniait les mots jusqu’à l’overdose : un phrasé poétique teinté d’argot pour rameuter la poésie dans les marges crasses de la société. Il fallait bien la résurrection de la collection « La Noire » chez Gallimard pour permettre la réédition de ce livre. L’anti-héros d’Hervé Prudon incarne superbement cette esthétique, violente et amère, portée par cette collection.

Dés le début du roman, le narrateur lance sa verve dans un long monologue, aussi précis que corrosif, pour annoncer les présentations : « ...pétri d’amour et de compassion, mais vraiment moche, n’est-ce pas, depuis longtemps, ventru, fessu, dodu dindon, pardon, gloussant timide, gras comme une loche moche, un peu lunaire Apollinaire, secret poète, mais niaiseux nul, mirliton, avec des yeux d’éléphanteau derrière des verres en cul d’bouteille, alcoolique non pratiquant, voyez-vous, depuis ma troisième cure, mais toujours soif… » Les mots ressortent triturés et malaxés par la plume d’Hervé Prudon et font naître cette figure panoptique, rappelant par moment Louis Ferdinand Céline. Ainsi débute ce récit à la fois fantasque, loufoque et désespéré.

Paul réside aux Blattes, une banlieue en périphérie de Paris. Il partage un appartement sordide avec sa mère et une colonie de cafards présents dans les moindres recoins. Paul a la fâcheuse tendance de s’adonner à la boisson pour oublier ce quotidien. Son désœuvrement permanent limite le réel. Les effluves d’alcool le plongent dans un cafouillage temporel permanent. Les faits s’entrecoupent de délires. Un enchaînement de drames vont faire voler en éclats la routine de Paul. D’abord, le décès inopiné de sa mère partie faire les courses et victime d’une balle perdue. Ensuite, à la suite d’une autre de ses beuveries, il pense assister à une course poursuite en moto sous la fenêtre de son immeuble. Après avoir repris quelque peu ses idées, il décide de descendre vérifier par lui-même. Et là, au fond d’une benne à poubelles, il trouve une femme bien vivante. Ses délires alcooliques rejoignent la réalité. Il la ramène chez lui où se trouve, également, le cadavre de sa mère…  D’autres cadavres viendront s’ajouter à cette liste… tandis que d’autres cadavres disparaîtront dans la nature.  Tour à tour, un nain portugais, un voisin nymphomane, un assistant social spécialiste de la médiation feront irruption dans l’appartement de Paul et viendront corser cette histoire déjà bien mal embarquée.

C’est un roman noir original permettant de rappeler l’importance des écrits d’Hervé Prudon. A découvrir d’urgence si ce n’est déjà fait.

Nadine Mouque

Hervé Prudon

Éditions La Noire Gallimard

 

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