François Ozon – « Tout s’est bien passé »

(réédition de l’article publié à chaud pendant le 74e Festival de Cannes, où le film a été projeté en compétition)

Synopsis :

A 85 ans, le père d’Emmanuèle est hospitalisé après un accident vasculaire cérébral. Quand il se réveille, diminué et dépendant, cet homme curieux de tout, aimant passionnément la vie, demande à sa fille de l’aider à mourir.

©Carole BETHUEL_Mandarin_Production–Foz

À chaque film, depuis le début, François Ozon semble s’essayer à un style voire à un genre différent, épousant totalement dans sa mise en scène chaque univers exploré, avec une rigueur en revanche inchangée. Dans Tout s’est bien passé, on retrouve avec bonheur cette main sûre de cinéaste qui, après plus d’une vingtaine de longs-métrages, continue de composer chaque oeuvre avec une attention au détail et un goût impeccables. C’est un très beau film, pas tant sur un sujet “de société” voire politique (comme Grâce à Dieu il y a trois ans), celui du suicide assisté, que sur une famille – sur une fille (Sophie Marceau) dont le père amoindri (André Dussolier) veut mourir, sur deux soeurs qui savent s’appuyer l’une sur l’autre (Marceau forme avec Géraldine Pailhas un duo extrêmement joli et touchant) –, et il est beau en grande partie pour son “classicisme” soigné, celui d’un réalisateur qui n’est pas non plus passé en vitesse de croisière et continue de mettre en scène activement.

©Carole BETHUEL_Mandarin_Production–Foz

En l’espèce, bien soutenu par des acteurs eux aussi bien aguerris qui ne déçoivent jamais (la troupe est complétée par une régulière de son cinéma, Charlotte Rampling, et Hanna Schygulla dans le rôle de “la dame suisse”), Ozon parvient à faire sentir la tendresse pudique des liens et complicités qui unissent cette famille à travers de jolis détails : le dernier sandwich croqué par papa qu’on n’arrive pas à jeter, l’amour de la musique qui parcourt toutes les générations, ce morceau de Brahms, le surnom donné à l’homme qui a fait souffrir le père… Il tisse sans lourdeur les éléments d’une Gestalt familiale à laquelle il a l’élégance de laisser ses espaces en blanc (les flashblacks subjectifs dévoilent en pointillés des bribes de connivences et de rancoeurs ; on note aussi que les femmes de la famille ont toutes des prénoms mixtes, à l’oreille, sans en savoir plus) et, surtout, non seulement il arrive à doter cette histoire a priori triste comme les pierres (qui retrace l’expérience véritable d’Emmanuèle Bernheim, racontée dans un ouvrage autobiographique auquel le long-métrage emprunte aussi son titre) d’un humour rafraîchissant, mais il parvient de surcroît, à partir du milieu du film, à transformer la douloureuse entreprise dans laquelle cette fille, ces deux soeurs, se lancent d’abord à contrecoeur, par amour, en une sorte de mission presque rocambolesque, semée d’embûches, qui étrangement, réconcilie Emmanuèle et Pascale avec le choix du père et constitue presque autant un cadeau d’elles à lui que de lui à ses filles, les unissant plus que jamais et leur offrant un apaisement auquel elles ont droit elles aussi.

©Carole BETHUEL_Mandarin_Production–Foz

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A propos de Bénédicte Prot

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