Robert Aldrich – “L’Empereur du Nord”(1973)

 Octobre 1933, Oregon. La Grande Dépression vient de s’abattre sur les États-Unis, plongeant des millions d’hommes et de femmes dans la misère la plus totale. Des vagabonds arpentent le pays à la recherche d’un emploi ou d’une simple soupe. Certains tentent de voyager illégalement et gratuitement à bord des trains. Le plus convoité est celui de la ligne 19. Mais la splendide locomotive est gardée par Shack (Ernest Borgnine), une brute sanguinaire et sadique, qui n’hésite à utiliser la violence et extermine sauvagement tous les « trimardeurs » qui osent monter sur sa machine. Seul un vagabond légendaire, appelé no 1 (Lee Marvin), ose défier le chef de train. Dès lors, entre les deux hommes, l’affrontement devient inévitable…

Très librement inspiré du roman de Jack London The Road (transposé ici du début su 20e siècle à la période de la Grande Dépression des années 30) Emperor of the North déroule sur la trame des plus simple un véritable affrontement de titans. D’un côté N°1, “l’empereur du nord” incarné par Lee Marvin, véritable prince du voyage clandestin qui va lancer un défi à Shack (Ernest Borgnine) contrôleur de train des plus zélé dont les méthodes violentes à base de marteau, chaînes et gourdin ont rendus son train 19 jusque là inviolé par les fraudeurs.

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Le contexte économique des années 30 apporte un véritable côté “cour des miracles” ultra solidaire à la communauté pauvre, faisant du personnage de Lee Marvin un véritable étendard des laissés pour compte et du défi à l’autorité. Dès lors, l’aspect social et mythologique apporté au duel transcende totalement un récit qui pourrait apparaître comme faussement basique et/ou simpliste. Les protagonistes sont autant des symboles que de vrais personnages, Ernest Borgnine représentant la bras armé des nantis, riches propriétaires de compagnie ferroviaire comme voyageurs aisés capable de se payer un périple en train. Borgnine (acteur fétiche de Aldrich) est absolument extraordinaire de cruauté et de sadisme en contrôleur de train zélé, il faut voir ce sourire de délectation lorsqu’il fracasse le crane des fraudeurs au marteau, le scénario se montrant des plus inventifs pour illustrer ses techniques bien cruelles (la corde accroché à un gourdin qui passe sous le train énorme!) pour déloger les resquilleurs.

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L’empathie pour Lee Marvin (grand habitué de Aldrich également) n’en est que plus grande, ce dernier apportant un charisme et une belle noblesse à ce vulgaire “hobo”. Entre Marvin et Borgnine se glisse un jeune chien fou incarné par Keith Carradine souhaitant devenir le nouvel “Empereur du Nord”. Cet aspect filiation à travers la relation mentor/élève rejoint la grande thématique du film lors l’aspirant s’avéra indigne du maître car plus préoccupé par sa notoriété propre que par la communauté, ce qui causera sa perte. Le film se nourrit en effet dans ses côtés les plus humoristiques cinglant (excellente scène où un policier un totalement ridiculisé par les pauvres) comme dans sa facette dramatique d’une vrai tendresse et compassion pour les opprimés et les hobos, ultimes aventuriers de ses temps troublés. Ce n’est donc plus la seule fraude d’un train qui se joue, mais la possible petite victoire pour un court instant du faible sur le puissant, du pauvre sur le riche…

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Ces idées et concepts s’intègrent parfaitement dans ce qui est un très original et palpitant film d’aventure. Aldrich délivre une réalisation qui sait se faire ample (splendide paysages de l’Oregon en toile de fond) et nerveuse à la fois par la violence brut de décoffrage typique de son style. L’ultime affrontement entre Marvin et Borgnine tout en sueur, sang et os brisés est un moment d’anthologie où toute la portée du film se retrouve soudain réduite à deux hommes en furie cherchant s’annihiler l’un l’autre. Il est rare que les grands réalisateurs égalent leurs chef d’oeuvre des débuts en fin de carrière, c’est pourtant le cas de Aldrich qui entre celui ci et quelques autres pépités 70’s (comme Pas d’orchidée pour Miss Blandish) tenait une forme exceptionnelle. Grand film.

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