Dans la très prisée et courtisée sélection des « cinéastes du présent », on retrouve, en ce tout début de festival de Locarno, le sixième long-métrage du cinéaste ghanéen Armatei Armar, Ego Reach Well All. Le soleil frappe, la chemise dégouline, et les chaises rembourrées du Palacinéma réconfortent, direction la capitale ghanéenne, Accra. Dès ses premières séquences, la mise en scène impose et envahit, elle habite l’espace et nous immerge au centre de cette relation entre Owusu, le grand frère, et Adobea, la petite sœur, orphelins, et partis à la capitale pour retrouver un parent. Armar ne laisse aucun doute quant à ses intentions, sa caméra tremble, fixe, zoome, il installe l’action au centre de son procédé. Là où, d’une thématique comparable, Akio Fujimoto (avec Les Fleurs du manguier) délaissait consciemment la vitesse pour la lenteur, le brouhaha pour le silence, Armar en prend la direction diamétralement opposée, au risque d’user. Autre conséquence d’une telle manœuvre, basée principalement sur l’esthétisme vivant, c’est l’abandon presque automatique d’un scénario tenu. Ici, à part la recherche utopique de la mère d’Adobea, c’est l’absence et le vide. Conséquence de quoi, Ego Reach Well All patine très rapidement dans le vide avec cette aigre sensation de tourner en rond : Armar ne base alors son film que sur la survie de rue et la genèse d’une néo-famille à travers cette bande d’orphelins délaissés. Avec de tels écarts, le film sombre rapidement dans une forme juvénile aguicheuse mais vaine, et malheureusement, n’arrive jamais à surélever ses personnages, broyés dans l’homogénéisation de son contexte (la vie de rue d’Accra). Les sursauts scénaristiques sonnent creux (pseudo-guerre de gangs, l’intervention policière, la prostitution) et renforcent ce sentiment initial d’être certes aspiré par le rythme, mais rapidement lassé. Ainsi, Ego Reach Well All se mord la queue à force de tourner en rond, et malgré ses louables efforts de caractérisation de ses personnages, n’arrive jamais à les imposer. On en sort frustré plus que déçu.

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Premier pas sur la Piazza Grande sous une chaleur plombante, mais une légère brise rend l’atmosphère plus supportable. Avant la projection au grand air du film italien Armony de Dario Albertini, un Léopard d’honneur a été remis au producteur islandais Sigurjón Sighvatsson, cofondateur de Propaganda Films avec notamment David Fincher, et à l’origine de nombreux clips musicaux cultes (Madonna, Janet Jackson). « Joni » Sighvatsson a bien sûr été producteur de David Lynch (Sailor et Lula), et plus récemment du documentaire sur Zinédine Zidane, Portrait du XXIe siècle, qui sera projeté à Locarno ce week-end. Et n’allons pas par quatre chemins, c’est la douche froide qui nous fait sortir un instant des températures caniculaires. Albertini, à mille lieues de Sean Baker, se voit clairement contaminé par l’auteurisme américain et son cinéma indépendant archi calibré, avec, en reine des cérémonies, le festival de Sundance. Dans ce cimetière des âmes perdues, Armony, un cinquantenaire routier mis à la retraite anticipée, retrouve sa sœur disparue depuis plus de 25 ans. Et ces retrouvailles étaient tout sauf un hasard et évidemment calculées : stricto sensu, comme le pitch du film de Nathan Ambrosioni Les Enfants vont bien en 2025, sa sœur disparaît en abandonnant sa fille Carlotta à Armony, qui doit désormais s’en occuper. De ce personnage archétypal s’agrègent les fameux seconds couteaux sensibles et à la marge (Pamela, une vieille dame un peu à l’ouest, Jenny, une gamine de 22 ans enceinte), et s’enchaînent les séquences d’émotion au ralenti, quelques pointes humoristiques bien senties, de la tension narrative factice (tout un passage anecdotique sur une possible cargaison de drogue dans le camion d’Armony), des scènes de danse en gros plan pour une pincée de légèreté, et vous avez là le film stéréotype qui noie une potentielle nostalgie sensible dans un feel-good repoussant. L’impression de déjà-vu est vivace et amère, et Albertini n’arrive jamais à détacher de sa peinture écaillée et à bas prix une quelconque aspérité psychoanalytique : on reste adossé au comptoir, à contempler la superficialité. Armonyn’est certes pas déplaisant, certains le qualifieront d’ailleurs d’excellent pour la programmation populaire de la Piazza Grande de Locarno, mais ne nous abaissons pas à de tels propos : l’immense Paper Tiger de James Gray, de ce dimanche soir, se demande bien ce qu’il fait là, à côté de cette programmation anecdotique plutôt embarrassante.

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