Festival Locarno 2026 – « Brave New Love » de M. Bäck & « September Afternoon » de N. Schmidt

D’une Piazza Grande logiquement frustrée de la petite comédie d’Olivia Wilde et sa psychothérapie de couple du pauvre, hasard du calendrier, il fallait nous retrouver le lendemain de cette douloureuse soirée devant un nouveau dilemme amoureux : si avec The Invite la problématique est la disparition du désir pour l’autre, avec ce troisième long-métrage de la réalisatrice suédoise Maria Bäck Brave New Love, c’en est un sur-plus : Kate, en couple depuis plus de 15 ans avec son mari Orlar, avec lequel elle a une fille, Athena, tombe vigoureusement amoureuse d’un paléontologue d’origine grecque, Andreas, qu’elle croise de manière importune, nue, lui aussi, à la sortie d’une rivière en campagne. Dans cette trilogie amoureuse, Bäck va intelligemment se détourner du drame qu’il peut générer, pour plutôt planter les bases d’un questionnement profond sur le sens du polyamour, avec cette réponse cinglante à un groupe de parole de femmes où elle peut se libérer : « Mais tu préférerais être avec lequel ? », réponse « Les deux ». Ou comment aimer de manière distincte deux personnes à la fois, sans renier ni l’amour du père de sa fille, ni celui qui lui a depuis 3 ans permis d’être une femme libérée, autonome, et qui jamais ne l’a détournée de ses responsabilités de mère. Même si le film peut prendre les traits de petit film bourgeois de salon, et l’influence majeure de Joachim Trier, le parti pris me convainc particulièrement à nous interroger sur notre propre capacité à la fois à aimer plusieurs personnes, mais aussi à tenter de l’intégrer, le comprendre, et accepter le polymorphisme du sentiment le plus complexe et insaisissable qu’est l’amour. Avec ce millimétrisme scandinave caractéristique, Bäck joue de toute sa finesse de mise en scène pour rendre le film certes émouvant, mais principalement pénétrant, elle questionne et bouscule les préceptes de l’exclusivité (qui domine nos sociétés européo-occidentales) dans un monde hétéronormé en Suède complètement sclérosé : on retrouve exactement le même procédé chez Ernst de Geer avec Sous Hypnose (sortie en salle en 2023), faire pénétrer l’ingérence, l’anarchie émotionnelle dans une situation conventionnelle et un contexte de normalité totale. Et ainsi, faire interconnecter les mondes pour rendre l’interrogation métaphysique d’autant plus conséquente. Avec Brave New Love, il n’y a jamais de leçon moralisatrice, mais bien, par toute l’intelligence remarquable de sa mise en scène, un film qui sait dépasser son cadre léché pour nous amener à repenser notre relation amoureuse. Et pour ça, il est une réussite implacable.

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70 minutes sans parole, 70 minutes de « Eyes Without a Face » de Billy Idol, le premier long-métrage de l’Allemand Nicolaas Schmidt intrigue, puis passionne. Même si l’on aurait pu imaginer sa diffusion plutôt du côté du Palais de Tokyo qu’à celui de Locarno, il n’y a pas à dire, de la fascination s’en dégage. Un couple et leur fille se préparent à partir à la plage, le ciel est sombre, des détonations résonnent, la lumière est apocalyptique, un orange domine. Une amie les rejoint sur le chemin de la plage. Puis une éternelle séquence où l’homme installe une petite tente de plage Décathlon. L’atmosphère s’alourdit. L’amie, elle, tente d’installer sa chaise longue, la fille pèle le sable dans une insouciance tragique, Billy Idol continue son incessant travail de répétition. Les intonations s’accélèrent, le son strident retentit et tétanise. Voilà ce qui définit parfaitement cet September Afternoon, la tétanie. Le monde est en train de s’éteindre, et l’humanité, représentée par la banalité de ce couple sur une plage, se tétanise face à sa propre disparition. Tel un lapin pris dans les phares d’une voiture roulant à toute allure vers sa destination finale, Schmidt filme donc l’absurdité de vouloir ne pas regarder, ou alors, vivre ses derniers instants dans la normalité, chercher jusqu’à l’ultime moment ces petits moments de grâce, s’allonger sur un lit frais, fermer les yeux sur une plage en écoutant les vagues se briser sur le rivage, jouer avec sa fille, comme si les lendemains avaient encore un sens, comme si tout cela n’était qu’une chimère, une absurdité impossible. De ce prototype cinématographique radical, Schmidt dépasse la simple expérience sensorielle (ces quelques lasers destructeurs traversant les cieux sont magistraux de beauté funeste) pour en tirer également un constat implacable sur les drames écologiques qui se jouent sous nos yeux, et que l’on refuse de voir, un génocide au Moyen-Orient que le monde décide d’ignorer, un fascisme grandissant et dominant que l’on dédaigne consciemment : cette humanité au bord du gouffre se complaisant dans le confort d’une vie stéréotypée malgré un monde qui s’effondre bien devant elle. September Afternoon est saisissant, et nous agresse, au bon sens du terme, là où l’on doit nécessairement l’être.

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