Le jeune cinéaste Hüseyin Aydin Gürsoy frappe fort avec son premier long métrage. Par sa fusion de film dramatique, de thriller politique et de film judiciaire, Une affaire turque convoque les grands classiques du genre, tels Les Hommes du Président d’Alan J. Pakula ou certains films de Sidney Lumet, comme Les Coulisses du pouvoir ou Les 7 Jours du Condor. De plus, à l’inverse de son homologue allemand — on pense à des réalisateurs reconnus tels que Fatih Akin —, le cinéma français manque cruellement de représentations de sa communauté turque, alors qu’elle est l’une des plus présentes en France : près de 700 000 Turcs ou personnes issues de cette immigration.
Né en Turquie en 1988 et arrivé en France à l’âge de trois ans, Hüseyin Aydin Gürsoy nous plonge dans cette communauté de façon originale et forte, par le truchement de son personnage principal, Mathieu/Mustafa, ambitieux et assimilé.

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Cet avocat brillant et déterminé s’est éloigné de sa communauté turque et de sa banlieue natale populaire de Villiers-le-Bel pour gravir l’échelle sociale. Alors qu’il vient d’être promu associé par son ami et patron d’un influent cabinet d’affaires, sa sœur lui demande de plaider pour un jeune Turc issu de son quartier.
C’est le début d’un engrenage dans une affaire de corruption qui va mettre à mal tout l’édifice social patiemment échafaudé par Mathieu.
Vu au théâtre, au cinéma et à la télévision, l’élégant Lionel Erdogan impressionne par son jeu à fleur de peau. Il est très bien entouré par un patron à la fois chaleureux et légèrement condescendant, incarné par le toujours parfait Charles Berling. Luna Azabal, quant à elle, insuffle avec brio sa personnalité à l’avocate turque qu’elle campe, à la fois intègre et retorse.

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Épousant les codes du film noir, filmé avec soin dans un Paris et sa périphérie gris et poisseux, le film nous maintient en tension permanente. Nous sommes embarqués malgré nous dans le dilemme de Mathieu/Mustafa. Malgré nous, car son personnage est tellement obsédé par la réussite qu’il en perd toute éthique en route et, surtout, semble parfois subir un scénario un rien programmatique. C’est le seul bémol de ce beau film qui semble convier une fatalité écrasante.
Sinon, nous sommes tenus en haleine par cette Affaire turque, qui explore brillamment les magmas de la corruption et les accords diaboliques imposés par les hommes de pouvoir.
Dans le dossier de presse, Hüseyin Aydin Gürsoy précise qu’il est parti d’un postulat universel :
J’avais envie de poser la question ouverte : qu’est-ce que vous, vous auriez fait à sa place ?
Pari réussi : nous tremblons pour et avec Mathieu/Mustafa, campé avec subtilité par Lionel Erdogan.
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