Welcome to the Walsh Word… (again)

La suite de notre tour discographique des albums de Peter Milton Walsh / The Apartments

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Attractions solitaires – le 4ième album

Fête Foraine (1996)

Hot Records, édition limitée à 3000 exemplaires

Après « A Life of Farewells », et malgré la productivité continue de Walsh, la distribution de ses disques décroît. « Fête Foraine », l’album de 1996, a été édité de manière assez confidentielle, en petite série numérotée, vendu par correspondance ou à l’issue de quelques concerts. Une semi-rareté en somme, au sein d’une courte et exigeante discographie. En guise de pochette, une sorte d’instantané intimiste : Peter Walsh est photographié, traversant un lieu incertain, concert, coulisses, ou arrière-cour domestique, assez bas dans le cadre, mais recadré par une sortie de couloir. La situation et l’expression restent opaques, mais l’image est résolument nocturne : un cliché solitaire de fin de soirée. L’album, lui, consiste en une relecture dépouillée du catalogue du « groupe » dans une orchestration acoustique très restreinte : une guitare rythmique (acoustique ou électro-acoustique), un piano, un orgue discret en fond, plus le soutien occasionnel d’une choriste et quelques instruments d’appoint comme la trompette.

« Fête Foraine », loin des promesses exubérantes de son titre, sonne donc comme un témoignage équivalent à ce que pouvait être Peter Milton Walsh seul sur scène, ou en petite formation acoustique à la mi-90 pour la tournée de « A Life full of Farewells ». Il y a d’abord des titres croisés empruntés indistinctement aux trois albums, puis une seconde moitié de disque consacrée exclusivement à ceux du troisième. Pour autant, il ne faut pas s’y tromper : il s’agit d’un véritable album de studio et non d’un simple interlude acoustique « live ». Les titres sont réarrangés, soigneusement écrits pour la circonstance, et exécutés avec une proximité caressante tout en donnant l’impression d’un tempo sensiblement ralenti. Walsh y développe la direction prise dans la dernière partie de « A Life of Farewells », un album encore foisonnant dans ses arrangements. L’absence de nouvelles compositions pourrait conduire à passer un peu vite sur ce quatrième disque, en le jugeant secondaire, alors qu’il mérite autant de considération que ceux réalisés à partir d’un matériau inédit. « Fête Foraine » est une épure très délectable, même si l’album, forcément moins riche en nouveautés, ne laisse pas une impression aussi forte que ses prédécesseurs.

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« dernière » aparté musicale – le 5ième album d’un crooner éthéré

Apart (1997)

Hot Records, édition limitée à 3000 exemplaires

Lorsqu’il est apparu en 1997, avec ses grooves éthérées et sa diction funambule, « Apart » a dérouté nombre de fans de la première heure. Exit les guitares et l’intrication sinueuse des arrangements, Walsh se mettait au diapason d’une electronica semi-acoustique, une musique lounge aux tempos ralentis, et un peu atone, dans la lignée de l’album « Temperamental » du duo Everything but the Girl – mais tout de même moins marquée par le Trip Hop. Le moelleux rythmique et la linéarité des titres semblaient exogènes à première écoute, donnant l’impression d’une transformation opportuniste. Mais cette fracture était, à bien y regarder, assez superficielle, charriant derrière elle son lot d’instrumentations pointillistes, avec piano, trompette, et cordes, joués pianissimo. En ce sens, le disque, tout en cultivant une palette musicale sensiblement liée à son époque, s’inscrivait dans le prolongement des évolutions antérieures : une décantation qui oscillait toujours indécise, entre mélancolie et sérénité. Une rupture qui n’était, somme toute, qu’une suite un peu décalée : même enivrements pop sous le glacis apparent de la production et de cette voix, plus flottante, presque fantomatique. Cette expérience montrait chez Walsh un désir de renouvellement avec, au gré des titres, des compositions classiques et un lot de tentatives plus inégales, mais intrigantes (le spoken word de Welcome to the Walsh Word ; le roulis basse et batterie de Friday Rich… , entrecoupé de cordes cristallines ; le dépouillement piano-bongos de World of liars accompagné aux shakers ; jusqu’au très curieux Cheerleader, un long morceau dub et funky). « Apart » reste un bel album dans son ensemble ; il suit le fil d’un dépouillement amorcé sur les deux précédents, en y développant des teintes électroniques et jazzy. Pas toujours bien reçu, il mérite d’être découvert ou redécouvert.

5b_Seven Songs

Après « Apart », la carrière de The Apartments s’est stoppée net. Les derniers disques en éditions limitées n’avaient trouvé qu’un faible écho, et des difficultés personnelles, la maladie puis le décès de son fils, conduisirent Peter Walsh à prendre une retraite d’une durée indéterminée. Une dizaine d’années où Walsh écrira, mais refusera d’interpréter ou d’enregistrer les morceaux, chargés d’émotions bien trop personnelles pour les partager. Le fan-club français, grâce à l’initiative d’Emmanuel Tellier (journaliste musical et fondateur de 49 Swimming Pool), contribuera à une brève renaissance du « groupe », avec une première mini-tournée en France en 2009, puis une seconde en 2012, financée par Crowdfunding. L’expérience de la scène, du public et du groupe, sont bénéfiques à Walsh : elle lui confirme une nouvelle fois sa nécessité de musique. Une vie donc, encore pleine de retours musicaux. Dans la foulée, le label bordelais Talitres réalise l’édition remastérisée de « Drift » en 2010, et publie en 2013 un court LP de titres studio live, « Seven Songs », tiré d’une session pour l’émission de France Musique, Label Pop. Le disque comprend surtout deux versions somptueuses de Every Day Will Be New, un titre semi-inédit (présent sur le EP promotionnel « Sunset Hotel » de 1994) et de All You Wanted, le single de 1984, ici transcendé par de nouveaux arrangements très harmonieux (trompette, piano, violon, guitare acoustique). À eux seuls, ces deux précieuses « pièces discographiques » justifient l’achat du mini-album disponible en version numérique, mais malheureusement épuisé en vinyle…

L’aventure était donc relancée, avec l’attente très vive d’un album, d’autant qu’entre temps, Walsh est parvenu à monter une nouvelle formation très étoffée de The Apartments. Celle du dernier disque se construit autour d’un trio guitare-basse-batterie augmenté d’un piano et d’une trompette jazz, mais aussi d’un trio de cordes. Une formation fluctuante selon les titres et les invités, composée en grande partie de musiciens australiens, compagnons récents ou historiques de Walsh : la violoniste Amanda Brown, le trompettiste Mike Bukowsky, le pianiste Alister Spence, le bassiste-guitariste Eliot Fish, les batteurs-percussionnistes Nick Allum et Gene Maynard… Cette combinaison singulière est à découvrir sur « No Song, no spell, no madrigal » mais là commence  une autre histoire.

…and may you stay for years

(« Welcome to the Walsh world » est le titre d’un morceau de l’album « Apart ». C’est aussi le nom d’un forum, initié en 2011 par Jérôme, un admirateur français, pour y partager des informations sur le groupe : walshworld.free.fr)

le site du groupe : www.theapartments-music.com

le nouvel album sur le label Microcultures : www.microcultures.fr

The Apartments sur le label bordelais Talitres : www.talitres.com

A propos de Robert Loiseux

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