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Avec sa petite cape bleue et son bikini gris à peine plus épais qu’une ceinture, La mujer murcielago – la femme chauve-souris, en espagnol – mène la vie dure aux machistes mangeurs de fajitas et autres buveurs de tequila. Seulement, une telle tenue est-elle réglementaire pour rendre justice, casser la gueule aux méchants et déjouer les desseins tordus d’un énième Dr. Frankenstein « made in Mexico »  ? Voilà de quoi déclencher les foudres de l’association Promouvoir et d’André Bonnet, mettre les membres du syndicat de la police Alliance sur leur branle-bas de combat, outrer les nombreux adeptes du burkini et les apprentis djihadistes qui voudraient planquer ces nichons qu’ils ne sauraient reluquer avant d’exploser de frustration.

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Heureusement, l’honneur est sauf car pour cacher sa sombre chevelure, la prémunissant  ainsi du courroux de quelque Tartuffe évangélisé ou autre puceau à la kalach’ facile, la belle Maura Monti revêt un masque rehaussé de petites oreilles en pointe, comme son cousin états-unien, Batman.

Afin certainement d’apporter une touche de poésie dans le catch mexicain, Guillermo Calderón et Alfredo Salazar, impressionnés – il ne faut pas en douter – par Adam West dans le film Batman et la série homonyme qui cartonne aux États-Unis en 1966, créent le personnage de Batwoman. La gironde Maura Monti succède donc aux Santo et autres Blue Demon, avec une once d’érotisme et un soupçon d’élégance en plus. Deux ingrédients bienvenus et non négligeables dans le monde impitoyable du catch mexicain. Ainsi, la jeune femme qui se cache sous le bikini de Batwoman est belle, riche, s’exerce au tir, monte à cheval, se déplace dans une voiture noire à la conduite intérieure rouge, fait de la plongée et, bien évidemment, est invincible sur un ring, un peu comme Steven Seagal est imbattable dans une cuisine dans Piège à grande vitesse.

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Moins inspiré que lorsqu’il signe La Llorona, René Cardona filme, dans une belle maîtrise du plan large et fixe, les exploits de la belle dans un Acapulco peuplé de jolies filles s’égayant en bikini sur la plage – en ce temps, ce n’était pas encore redevenu un péché – alors que les corps de catcheurs délestés de leur glande pinéale sont retrouvés flottants dans la baie. Drame national : un seul catcheur vous manque et tout le Mexique est dépeuplé ! Pour résoudre ce mystère qui semble bien insoluble, la police demande l’aide de la mystérieuse mujer murcielago. Au cours d’une vague enquête, elle va découvrir qu’un savant, forcément fou et ricanant, veut créer une nouvelle race : des humanoïdes, non pas associés, mais amphibiens.

Avec la référence évidente au roman de Mary Shelley, le Dr. Frankenstein à la sauce salsa est affublé d’un assistant prénommé Igor qui ne semble pas très concerné par la mission que s’est donnée son employeur, comme s’il se voyait plus passer du temps avec les joyeuses baigneuses en bikini sur la plage. Cependant, le doute n’est plus permis, au vu de l’intrigue, Stuart Gordon et Sergio Martino ont tout pompé pour From Beyond et Le continent des hommes-poissons. Car il est bien question d’un homme-poisson dans Batwoman, celui créé par le scientifique fou :  moins sympathique que Patrick Duffy dans L’homme de l’Atlantide, moins carnassier que les piranhas volants de James Cameron, mais aussi méchant et ridicule que les monstres de Roger Corman, Piscis détruit des murs en polystyrène, enlève Batwoman et mouline des bras quand il sort de l’eau pour montrer à quel point il est menaçant.

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Au milieu d’un scénario bâclé, et malgré une réalisation paresseuse, René Cardona emballe quelques belles scènes d’action comme des combats sous-marins avec l’homme-poisson, Piscis, et une poursuite en voiture relativement dynamique. Glamour, humour et décontraction sont soutenus par une musique jazzy et un rythme nonchalant, l’ensemble concourant à faire de Batwoman un grand moment du cinéma bis, mais qui reste avant tout un film engagé et contestataire, une œuvre féministe, en avance sur son temps, bien avant les clips de Beyoncé et Nicki Minaj ou les chansons de Lou Doillon. Le film de René Cardona redonne le pouvoir aux femmes, notamment dans une scène où la justicière à la mini cape bleue, à elle seule, arrive à bout de six hommes. Roger Couderc en aurait avalé son micro et, alors que Santo et Blue Demon en sont encore tout retournés, le film fait les joies des soirées ciné-club des Femen. Batwoman fait donc date dans le cinéma fantastique mexicain et est à ranger sur ses étagères aux côtés des essais de Simone de Beauvoir et des films de Catherine Breillat.

Le DVD : Le film est encodé en 16/9éme respectant un format 1.37 qui semble être celui d’origine. L’image s’avère correcte sans être exceptionnelle. Seule la version originale sous-titrée Français est disponible en mono. En bonus, un Alain Schlockoff peu concerné par les catcheurs mexicains retrace sans grand enthousiasme la carrière de Maura Monti.

Batwoman

(Mexique – 1968 – 80min)

Titre original : La mujer murcielago

Réalisation : René Cardona

Scénario : Alfredo Salazar

Direction de la photographie : Agustín Jiménez

Montage : Jorge Busto

Interprètes : Maura Monti, Roberto Cañedo, Héctor Godoy, David Silva, Crox Alvarado…

Disponible en DVD chez Bach Films.

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A propos de Thomas Roland

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