Holding Liat est le troisième fim de Brandon Kramer, dont les documentaires engagés explorent les divisions politiques et sociales à travers des portraits humains intimes. Ce film a remporté le Prix du meilleur documentaire à la Berlinale et a également figuré sur la « shortlist » pour les Oscars dans la catégorie meilleur long métrage documentaire. I nous a ému et fait réfléchir.
Le 07 octobre 2023, Liat Beinin Atzili, une institutrice de 49 ans est enlevée par le Hamas avec son mari Aviv par un commando de 200 hommes du Hamas. Ils habitaient le kibboutz de Nir Oz, où 400 habitants ont été tués, et 70 enlevés. Elle est professeur d’histoire, spécialiste de la Shoah, guide à Yad Vashem, lui est dessinateur et tient le garage de machines agricoles du kibboutz. Yehuda vit avec son épouse Chaya dans un autre kibboutz, à Shomrat. Ils devaient être chez leur fille le jour de l’attaque mais cette rencontre avait été annulée.Pour, Yehuda, le Hamas a une vision religieuse, messianique et fanatique. Il dit vouloir la capitulation des fanatiques religieux qu’ils soient juifs ou musulmans.
Passée la sidération, commence alors pour sa famille, une angoissante course contre la montre entre Israël et les Etats-Unis, pour la faire libérer.
Copyright L’Atelier Distribution
Brandon Kramer suit de très près et avec acuité la famille de Liat à laquelle il est lointainement apparenté. Sans jamais tomber dans le pathos ou le voyeurisme, il nous fait entendre des voix dissidentes au sein de la famille, une vive critique du gouvernement létal israelien.
Notre personnage principal, Yehuda, dont les combats précédents ont été situés à gauche, militant pour la paix, est, comme bien d’autres Israéliens, opposé à Benjamin Netanyahou et il adhère aux familles qui réclament la paix et la libération des otages. Il refuse que la captivité de sa fille serve à justifier la violence à Gaza Yehuda hurle : « On est dirigés par des dingues dans les deux camps Israéliens et palestiniens ». Il est très lucide sur la situation, que le gouvernement israelien ne considere pas du tout les otages comme une priorité.
Il se rend à Washington avec ses petits deux petits-enfants pour trouver de l’aide. Il y a des conflits internes forts sur la vision d’Israël entre les juifs de la côte est et la famille de Yehuda qui est athée est beaucoup moins patriote que les américains. Yehuda est exaspéré d’entendre du bla-bla politiquement correct type » longue vie à Israël ». Il denonce ces propos des autorites de Washington comme de la propagande et ajoute que « Bibi » a intérêt à maintenir la guerre pour ne pas aller en prison.
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La situation est cruelle : ils se retrouvent contraints a faire du story-telling pour émouvoir les autorités et les motiver dans la libération des otages. Sa petite fille a fui Israël dans l’Oregon où elle est coach de conseillers politiques. Son petit-fils est très éprouvé par l’épreuve de ce passage oblige d’étalage d’émotions quant a l’enlevement de Liat et d’Aviv. Joel, le frère de Yehuda est dissident et professeur d’histoire. Ila fait un bref séjour en Israël au début des années 1970, avant de prendre conscience que son kibboutz était érigé sur les ruines d’un village palestinien et de rentrer aux États-Unis. Il évoque la Nakba, la « catastrophe » de 1948, et appelle à « reconnaître une injustice historique ». Il n’en partage pas moins l’angoisse de son frère pour sa nièce.
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Holdin Liat nous passionne et est d’une grande honnêteté car, d’emblée, il ne joue pas sur un suspense malsain pour savoir si Liat et Aviv ont survécu ou non, mais nous fait vivre l’attente du point de vue de la famille, avec toute la complexité des points de vue et une polyphonie politique qui fait entendre avec courage et justesse des nuances géopolitiques. La famille de Liat devient une métonymie des divergences de points de vue sur le conflit israélo-palestinien En ce sens le documentaire de Brandon Kramer est salutaire, notamment pour les débuts de réponse qu’il apporte et le message de paix ( tout sauf béni oui-oui) qu’il suggère.
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