The Lion’s Ear – La Morra

Vue de cour

 

Jamais divine justice ne fut si bien rendue au mécénat d’un pape. Le cardinal Jean de Médicis, alias Léon X, fournit à la renaissance italienne ses lettres d’excellence musicale. The Lion’s Ear l’atteste à partir d’un travail particulièrement exigeant et réussi, tant du point de vue de l’interprétation que de celui de la réflexion qui la précède.

Musicien, Léon X était également fin connaisseur des lettres et des sciences. Malvoyant, – il examine à la loupe la bible couverte d’enluminures dans le célèbre portrait de Raphaël en 1517 – le fils de Laurent le magnifique était féru de lettres et de sons. Son règne fit une place unique à la musique, loin de la plus grande austérité des siècles précédents. L’office du pape Léon X s’inscrit en effet dans le mouvement qui conduit progressivement à la Réforme catholique. L’invention occidentale de l’imprimerie (1434), la plus grande diffusion des textes de l’Eglise sont autant d’occasions d’ouverture, invitant au mélange des répertoires profane et sacré.

Sept cents ans après, l’ensemble La Morra ressuscite l’extase papale. L’originalité de sa proposition tient à l’étonnante capacité qu’il a de faire vivre la musique, pas simplement de la jouer. Né d’un fructueux travail qui s’inscrit au carrefour de la musicologie et de la musique-même, ce disque donne corps aux recherches d’Anthony M. Cummings, qui a révélé le legs de Léon X au grand public.

Le choix des oeuvres répond au souci de donner un aperçu exigeant, et le plus exhaustif possible de la couleur locale, des grandes cérémonies sacrées aux concerts plus intimes. C’est donc une véritable géographie de la cour papale que découvre ce disque, autour de compositeurs que l’on connaît trop peu : Rossino Mantovano, Francesco Canova da Milano, Henricus Isaac (à qui l’ensemble doit son nom)… et d’autres, plus familiers. Beaucoup de ces auteurs furent tout à la fois hommes d’église, musiciens et savants, dans le droit fil de l’idéal pluridisciplinaire des humanistes.

Ce que souligne ce disque, c’est aussi la fertilité du voisinage de traditions culturelles et musicales diverses, reflet de l’histoire de l’Italie de la Renaissance. L’étude de la chorégraphie d’une danse à partir d’un manuscrit donne ainsi son sens à l’interprétation d’une musique qui a vocation à accompagner la représentation théâtrale. Ailleurs, c’est l’oeuvre d’un prêtre, compositeur et musicien qui accouche d’un « Che farala, che dirala », sur un air aussi connu que que celui de la « Fortuna disperata », parmi d’autres arrangements pour instruments de compositions vocales sacrées et profanes.

« The Lion’s Ear, un hommage à Léon X, Pape musicien ».

La Morra –  Corina Marti et Michal Gondko (oeuvres de Rossino Mantovano, Domenico da Piacenza, Antoine Bruhier…)

Cd édité par Ramée

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