Où il est question d’un renard, de la mort et des possibilités infinies de création de pizzas.

« Quelqu’un meurt. C’est comme ça que cette histoire commence. Quelqu’un meurt et quelqu’un gagne à un jeu de grattage. Ça va changer beaucoup de choses. Tout, en fait. »

Élina est une jeune fille affublée d’un père fantasque et aimant, d’une mère cynique et absente, et d’une belle-mère bienveillante, Vanessa, celle grâce à qui « la Terre tourne autour de son axe ». Contrairement à Cendrillon c’est ici la belle-mère qui, trouvant la mort accidentellement, va laisser le père et la fille seuls, vides et absents à eux-mêmes. Par la découverte puis l’achat d’une maison abandonnée, riche de secrets, Élina et son père vont reprendre pied et se laisser surprendre par ce que cette maison va faire naître en eux. La maison, ses secrets, sa proximité avec la forêt va leur permettre de retrouver une direction dans leurs vies respectives.

De l’autre côté est une fable sur la renaissance, l’enchaînement des saisons et le pouvoir des maisons. Le ton du livre est sombre parfois mais jamais triste et la question du deuil n’y est pas traitée sur le mode du pathos. L’auteur ne profite pas du sujet pour appuyer lourdement sur les émotions et les sentiments, tout y est dit de la perte sans insistance, avec justesse. Ceci est renforcé par l’utilisation tout au long du roman de la fantaisie. Cette fantaisie dont fait majoritairement preuve le père d’Élina, dans tous les moments de la vie quotidienne y compris les plus éprouvants, permet aux personnages de faire un pas de côté, de se décentrer de leur souffrance pour voir les éléments qui se dérobent habituellement aux esprits envahis pas le chagrin. Ainsi, la solidarité, l’entraide, l’humour et l’énergie qui se transmettent entre les gens vont former un socle solide sur lequel Élina et son père vont pouvoir s’appuyer pour continuer de vivre. De l’autre côté n’est donc pas un livre sur une expérience solitaire du chagrin mais un livre qui ouvre sur le partage et la fraternité, sans toutefois minimiser la douleur.

Par ailleurs, les personnages vont pouvoir compter sur le pouvoir régénérant de la nature et du cycle des saisons. Le rôle joué par le jardin de la maison et par la forêt dans le processus de reconstruction des personnages est important et en même temps teinté d’ombres et de doutes. La maison est isolée et l’inquiétude et le mystère affleurent régulièrement grâce notamment à la proximité de la forêt. Le dialogue avec les animaux, en particulier avec un mystérieux renard, sorte d’animal-totem lié à Élina, nous déplace parfois dans un univers quasi-fantastique, où la réalité se brouille. L’auteur accorde une vraie place à ce qui n’est pas visible et à l’imaginaire ; à la fin du livre toutes les questions n’ont pas obtenu de réponses et c’est salutaire. La place prépondérante de la nature est de plus accompagnée par le rappel de la poésie de Pär Lagerkvist, cité à plusieurs reprises et dont la citation forme l’exergue du livre.

Élina est une héroïne attachante, vive et d’une grande finesse, elle fait preuve de maturité et d’intelligence dans la relation à son père ainsi que dans sa relation avec un jeune garçon prénommé Aron. Plutôt que de tomber dans la bluette attendue, l’auteur choisit de donner de la densité à cette relation, de l’ambiguïté aussi, en choisissant la bienveillance plutôt que la romance. Il est vivifiant de lire une histoire où une relation jeune fille-jeune homme se situe en dehors du petit jeu de séduction classique et du frémissement remâché. Ici, place à la nuance, la profondeur et l’intériorité.

Roman traduit du suédois par Agneta Ségol.

Éditions Thierry Magnier

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A propos de Sabine VERRONNEAU

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