Comme elle l’avait fait avec Culottées en 2019, Phuong Mai Nguyen s’empare d’une histoire qui n’est pas la sienne dans son premier long métrage, In Waves. Présenté en ouverture de la Semaine de la Critique à Cannes, le film offre au cinéma d’animation une belle visibilité.
« Quand j’ai acheté la bande dessinée In Waves, disait la jeune réalisatrice en 2023, j’ignorais de quoi ça parlait… “Une histoire d’amour sur fond de surf en Californie”, m’avait-on dit. Je n’ai jamais vécu en Californie, le seul “surf” que je pratique, c’est Internet, et les profondeurs de l’océan m’angoissent au plus haut point ! Mais au cours de ma lecture, j’ai été submergée par une émotion inattendue. »
Par l’animation, elle confère poésie et profondeur à ce récit de deuil, sans hésiter à emprunter les voies périlleuses du mélodrame.
Adapté du roman graphique autobiographique d’AJ Dungo, le film explore des thèmes bien connus : premier amour, amitiés adolescentes autour du skate ou du surf, couloirs de lycée déjà vus ailleurs, entre casiers et déambulations adolescentes. Puis il bascule vers une réécriture de Love Story : Kristen, l’amoureuse d’AJ, est atteinte d’un cancer dont elle ne guérira pas. À tout cela, l’animation apporte une dimension inédite, tendue vers l’abstraction, sans jamais dissoudre l’émotion – bien au contraire.
La narration se déploie sur trois périodes, chacune marquée par sa palette et ses choix graphiques. Hawaï et les origines du surf apparaissent en noir et blanc, dans un dessin fin tout en volutes ; le Los Angeles des années 2000 se décline en couleurs mordorées et en rues rectilignes ; la période la plus récente adopte des tons plus désaturés, qui s’imposent comme ceux de la perte. Les trois fils s’entrelacent selon une logique sensible, non chronologique.
L’illusion de régimes visuels différents (flip-book, vidéo tournée au téléphone portable, etc.), l’alternance entre 2D et 3D et la fluidité des transitions confèrent au récit épaisseur et mouvement. L’ensemble, d’une grande limpidité narrative et d’une réelle densité formelle, trouve son unité dans le motif de la vague, à la fois métaphore et forme graphique.
Certaines scènes sont bouleversantes, comme celle où, autour du lit d’hôpital de Kristen, ne subsiste plus qu’un fond blanc. Bientôt, elle-même s’estompe ; son œil se réduit à un trait noir sinueux, semblable à une vague. Le trait, la vague, la volute, deviennent la matière même d’un geste sensible et gracieux, capable d’arracher des larmes sans rien sacrifier à la délicatesse et à la pudeur.
In Waves, Phuong Mai Nguyen
2025, France.
Animation, 1 h 31.
Sortie le 1ᵉʳ juillet.
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