« Acquanera » est le genre de saga familiale qui happe le lecteur du début à la fin. Traversant trois générations de femmes, le roman de Valentina D’Urbano se déroule à Roccachiara, un minuscule village italien au bord d’un lac. A l’occasion de son retour au village dans des circonstances tragiques, Fortuna, la plus jeune, revient sur son enfance entre sa grand-mère Elsa et sa mère Onda, puis sa rencontre avec Luce, une camarade de classe qui deviendra sa seule amie.

Le point commun entre ces quatre personnages féminins est le mystère qui les entoure et leur isolement concomitant. Mi-guérisseuses, mi-sorcières, elles vivent en marge de la communauté qui les rejette tout en faisant parfois appel à leurs services. Du fait de cette situation, les liens qui unissent ces femmes sont forts et ambigus, de l’amour à la dépendance, de l’instinct au rejet. Elles-mêmes sont nées dans l’abandon, le drame ou les non-dits, ce qui nourrit la rumeur, mais aussi et surtout leurs caractères.

Valentina D’Urbano raconte avec talent ces destins atypiques et dose très bien le surnaturel qui prend des contours de légendes tout à fait fascinantes. En effet, elle traite toujours au premier plan les rapports humains, les impulsions, les élans, les regrets. La nature est très présente dans son récit, tour à tour rassurante ou hostile, notamment le lac et l’eau en général, annonciatrice d’événements, d’où le titre du roman. Le rapport à la terre est central dans ce roman qui évoque la famille entre attachement et répulsion.

Troublant mais pas nébuleux, « Acquanera » est une lecture marquante qui séduira tous les amateurs de bons romans épais et envoûtants. Il faudra malgré tout passer outre le désespoir et la tristesse du thème, ainsi que quelques faiblesses de construction : la mécanique de narration est un peu maladroite dans l’utilisation du flashback et le rythme s’en voit un peu trop accéléré à la fin, déséquilibrée par rapport au plaisir de lecture suscité par le corps du roman.

Paru le 02/02/15 aux Editions Philippe Rey.

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