Rubika Shah – « The mad Dog of Europe »

Ce documentaire narre l’histoire incroyable mais vraie du scénario prophétique écrit par le frère du fameux réalisateur Joseph Mankiewicz (Ève, Cléopâtre…). Herman Mankiewicz était un scénariste phare de Hollywood avant son projet The Mad Dog of Europe. En 2020, le cinéaste David Fincher lui a même consacré un formidable biopic : Mank (avec Gary Oldman dans le rôle-titre).

Copyright 2026 Le Bureau Films – HeimatFilm

Donc, en 1932, Herman J. Mankiewicz, qui deviendra célèbre dix ans plus tard pour son scénario de Citizen Kane, écrit The Mad Dog of Europe : un script visionnaire sur la montée du nazisme en Europe, avant même l’accession d’Hitler au pouvoir. Entre pressions diplomatiques et intérêts économiques, les studios hollywoodiens préféreront se taire et enterrer le projet. L’histoire de ce film jamais produit semble résonner avec les fractures de plus en plus menaçantes de notre époque. C’est ce que narre l’édifiant et passionnant The Mad Dog of Europe.
Surnommé le Voltaire de Central Park parce que Herman J. Mankiewicz aimait travailler pour la presse (notamment le New York Times) et s’intéressait à ce qui se passe dans le monde, Herman a d’abord été critique de théâtre puis a écrit des cartons de titres pour les films muets. Intellectuel de la côte Est, il gagne Hollywood pour se faire de l’argent et devient un de ses scénaristes les mieux payés, même avec des films commerciaux aux titres absurdes (Million Dollar Legs, Un prince en gondole, Mon rabbin chez mon curé…). Son père avait fui l’Allemagne. Son projet est une parabole sur le fascisme : l’histoire de deux familles allemandes, les Mendelsohn, juifs allemands, et les Schmit, cathos, et la radicalisation du fils aîné Schmit. Conçu un an avant l’accession d’Hitler au pouvoir en janvier 33, Mad Dog était un moyen de changer les esprits et d’être efficace politiquement.

Copyright 2026 Le Bureau Films – HeimatFilm

Mad Dog, versant documentaire, est né d’une découverte faite par le producteur Bertrand Faivre en 2021. Malgré ses nombreuses récompenses, le documentaire The Dissident de Bryan Fogel n’est acheté par aucune plateforme en raison de son caractère résolument politique. Cette situation lui rappelle l’histoire d’un scénario jamais produit dans l’Hollywood d’avant-guerre, celui d’Herman J. Mankiewicz. Il contacte alors Rubika Shah, dont le précédent documentaire White Riot croisait enjeux historiques, sociaux et politiques, et lui propose de réaliser THE MAD DOG OF EUROPE pour mettre en lumière cette histoire d’autrefois aux résonances si contemporaines. White Riot portait sur le mouvement Rock Against Racism et avait remporté une mention spéciale à la Berlinale en 2020 et été nommé dans la catégorie Meilleure révélation – scénariste, réalisateur·rice ou producteur·rice aux BAFTA de la même année. La cinéaste anglo-saoudienne a relevé le défi avec panache, constatant : « Le récit du combat d’Herman Mankiewicz pour réaliser The Mad Dog of Europe capture l’essence de ce que cela signifie d’être un outsider cherchant à dévier la trajectoire d’un monde imparfait. »
The Mad Dog… avance avec des témoignages des deux petits-fils Mankiewicz, cinéaste et animateur TV, les interventions d’un chercheur américain, spécialiste de la classe ouvrière et du cinéma, d’une journaliste indépendante, autrice d’une biographie sur Gloria Steinem et des frères Mankiewicz, et enfin d’un écrivain, spécialiste d’Hollywood et de la politique. Enfin, Mad Dog… bénéficie d’enregistrements audio de l’ami et agent de Mank, Sam Jaffe, qui s’est démené en vain pour produire son film. Ce témoignage unique achève de narrer une épopée passée à la trappe durant plus d’un siècle.

Copyright 2026 Le Bureau Films – HeimatFilm

 

Ce fascinant documentaire de Rubika Shah nous fait également découvrir une page sombre et méconnue de l’histoire : la place des nazis à Hollywood, les liens entre nazis et Ku Klux Klan, la lâcheté des patrons des studios MGM, RKO and co, pourtant juifs pour la plupart, qui ont sous-estimé le danger d’Hitler. Une carte animée de Los Angeles nous fait suivre la redoutable implantation des émissaires d’Hitler au pays du cinéma et le contrôle exercé, que quasiment aucun citoyen n’a osé critiquer. Le film raconte aussi l’histoire d’un outcast qui se met à dos tout Hollywood et qui se rachètera dix ans après en scénarisant le premier film d’un futur roi de Hollywood, Orson Welles. Dans la scène d’ouverture de Citizen Kane, on voit Kane, magnat de la presse, avec Hitler. C’est peut-être tout ce qu’il reste du Mad Dog écrit en 1932, et c’est déjà beaucoup.

© Tous droits réservés. Culturopoing.com est un site intégralement bénévole (Association de loi 1901) et respecte les droits d’auteur, dans le respect du travail des artistes que nous cherchons à valoriser. Les photos visibles sur le site ne sont là qu’à titre illustratif, non dans un but d’exploitation commerciale et ne sont pas la propriété de Culturopoing. Néanmoins, si une photographie avait malgré tout échappé à notre contrôle, elle sera de fait enlevée immédiatement. Nous comptons sur la bienveillance et vigilance de chaque lecteur – anonyme, distributeur, attaché de presse, artiste, photographe.
Merci de contacter Bruno Piszczorowicz (lebornu@hotmail.com) ou Olivier Rossignot (culturopoingcinema@gmail.com).

A propos de Xanaé BOVE

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

Ce site utilise Akismet pour réduire les indésirables. En savoir plus sur la façon dont les données de vos commentaires sont traitées.