Épatante surprise que ce documentaire de Floriane Devigne, qui interroge avec originalité et finesse la disparition d’un objet familier — la cabine téléphonique — devenu symbole d’un certain service public et d’un lien social aujourd’hui fragilisé.

Copyright DHR distribution / A Vif Cinemas
Allo la France est son premier long métrage documentaire pour le cinéma après des films portés par une sensibilité sociale et poétique : La Clé de la chambre à lessive (2013) et Ni d’Ève ni d’Adam. Une histoire intersexe (2018). Ce film est le troisième volet d’une trilogie construite à partir d’objets et de lieux ordinaires du quotidien. Après un premier film en Belgique autour de la boîte à tartines, puis un second en Suisse à partir d’un usage — la clé de la chambre à lessive — Devigne a souhaité réaliser un dernier volet situé en France, à partir des cabines téléphoniques. Floriane Devigne a constitué une collection de 1941 photos de cabines téléphoniques, dont la dernière à Paris. En évoquant leur éradication dans l’espace public, la cinéaste fabrique un dispositif ludique : un des gimmicks du film est qu’elle se fait appeler dans les dernières cabines téléphoniques. La documentariste s’improvise archéologue-détective dans cette enquête qui la mène aux quatre coins de la France.

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Son mini road movie suit une narration minutieuse et finement tissée à quatre mains avec la complicité de la scénariste (et cinéaste) confirmée Christine Dory, qui a coécrit. Floriane Devigne propose une traversée de la France dite « périphérique ». De villages reculés en zones abandonnées, guidée par des conversations téléphoniques récoltées dans les dernières cabines publiques, elle porte un regard amusé, critique et grinçant sur notre société en pleine mutation. Par son regard affûté et futé, Devigne nous rappelle que la cabine téléphonique est un espace à la fois public et intime, un lieu de passage qui isole tout en exposant. Cette disparition totale des cabines correspond à l’arrivée massive des smartphones, accompagnée d’une pulsion d’immédiateté et d’optimisation permanente des existences. Ainsi, la réalisatrice convoque Personne ne sort les fusils, beau texte salutaire de Sandra Lucbert sur le procès intenté en 2019 à France Télécom-Orange, suite aux suicides massifs de salariés dus à un management inhumain de sept dirigeants.
Comme l‘énonce la cinéaste dans le dossier de presse:
La nostalgie à l’œuvre s’attache non pas au manque — la cabine ne manque pas en tant qu’outil de télécommunication — mais à la perte : la perte d’un objet commun, lié à un projet de société, à une certaine vision de l’espace public et du rôle de l’État. Cette nostalgie particulière, née des déclassements produits par le tournant néolibéral, devient un moteur critique. Elle convoque un esprit du jeu, une volonté d’être facétieux, une recherche de liberté et d’optimisme, pour construire un récit qui interroge notre présent plutôt que de se réfugier dans le passé.

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Hasard (ou pas) du calendrier, Allo la France sort ce mercredi 16 mars, pile entre les deux tours des municipales. Son titre résonne fortement dans cet entre-deux politique inquiétant, où l’on se demande à quelle sauce réactionnaire, voire fascisante, on va être mangé.
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