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Avec une seule projection en salle, à Paris, et une diffusion télévisuelle, Le jour de la comète s’annonce comme une œuvre maudite, un film qui n’a rien en commun avec les trop fréquentes productions françaises populistes et vulgaires qui s’accaparent les écrans. Le « making of » met en évidence une réalisation effectuée en marge du système traditionnel, avec comme principaux moteurs, l’énergie et les fonds propres de ses créateurs, Hervé Freiburger, Cédric Hachard et Sébastien Milhou, ainsi que de leur équipe. « Le jour de la comète est une première oeuvre collective confectionnée avec le savoir-faire d’un artisan et toute l’âme d’un enfant », expliquent les auteurs. Une entreprise dont la débrouillardise abouti à un résultat plus qu’honorable, digne des productions Amblin des années 80 auxquels Le jour de la comète tire sa révérence.

D’ailleurs, le récit s’articule autour du passage de la comète de Halley en 1986, et se déroule dans une petite ville pavillonnaire de l’est de la France, Montvallée. L’événement est l’occasion pour les trois principaux personnages du film de faire chacun un voeux qui prendra des formes et des tournures inattendues. Howard souhaite que son ami imaginaire, Barney, un ours en peluche de deux mètres, sorte de sa tête ; Ana, immigrée d’Europe de l’est, rêve désespérément le grand amour ; Daryl, jeune professeur qui est aussi la risée de ses élèves, fantasme de rencontrer une femme qui viendrait de l’espace. Chacun d’eux sera exaucé, à leurs risques et périls, et la paisible bourgade de Montvallée de plonger, le temps de trois histoires distinctes, dans un univers délirant fait de thanatopracteurs psychopathes, d’extra-terrestres avides du sang de puceau, de fantômes amoureux et autres zombies… « Nous n’avons pas moulé un film dans les codes du genre. Nous avons habillé un récit intime de fantastique, de comédie et de tendresse », précisent les trois réalisateurs. 

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Cédric Hachard et Sébastien Milhou se rencontrent au cours de leurs études à l’ESRA, à Paris, période durant laquelle ils témoignent d’une grande motivation en plus de faire preuve d’une certaine adresse dans la manière d’aborder la technique. Leurs travaux de fin d’année font impression par la maîtrise avec laquelle ils s’approprient les notions de découpage et de mise en scène. À la sortie de l’école, ils créent leur propre maison de production, Forge, à travers laquelle ils réalisent publicités, clips vidéo, mais surtout des courts métrages. Ils sont rejoints quelques années plus tard par Hervé Freiburger. Tous trois, ils décident de se lancer dans l’aventure du long métrage. Ainsi né Le jour de la comète et son univers fantastique.

Afin de les relier entre eux, les différents segments sont introduits par l’intervention d’un animateur de radio sarcastique incarné par Patrick Poivey. La voix française de Bruce Willis achève de donner au Jour de la comète une coloration tellement années 80. Difficile de ne pas penser aux films de Joe Dante, tel Explorers, pour ses personnages d’adolescents, ou encore Les Banlieusards et ses épisodes de la série Eerie, Indiana, pour ce portrait décalé d’une petite ville de province. Avec les œuvres du père des Gremlins, Le jour de la comète partage un même regard tendre et déphasé sur les exclus, ceux qui n’arrivent pas à s’intégrer, les doux rêveurs qui souffrent du regard des autres. Parmi leurs persécuteurs, des professeurs acariâtres, des curés frustrés, des vedettes de cinéma arrogantes… « Le film dépeint, non sans ironie », précisent les trois complices, « un monde adulte qui parade dans le cynisme, se donne une posture importante et accepte uniquement ceux qui leur ressemblent. » 

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Cette place accordée aux marginaux n’exclut pas l’utilisation de poncifs comme le jeune héros amoureux de sa voisine super canon, ou une vision à la limite populiste du milieu du cinéma. Peu importe, Le jour de la comète ne prétend pas faire dans l’idéologie, mais cherche avant tout à raconter des histoires décalées avec humour dans un genre encore souvent méprisé en France. S’inscrivant dans la tradition du film à sketches, format peu usité dans la production française, Le jour de la comète passe avec habilité d’une tonalité à l’autre : de la comédie à l’horreur, comme dans Creepshow de George A. Romero, sans oublier de la tendresse à l’égard des personnages. De Psychose de Alfred Hitchcock à La maison du diable de Robert Wise, les clins d’oeil à des classiques sont nombreux et, parfois détournés, s’avèrent drôles. Au contraire de nombreuses productions hexagonales qui cherchent à trop ressembler au cinéma de genre états-unien, le film de Cédric Hachard et ses deux complices ne prend pas la nostalgie comme excuse facile pour se vautrer dans le cynisme ricanant ou la médiocrité.

Certes le film souffre de son manque de moyens, visible à l’écran à travers le jeu des acteurs ou par des scènes et des plans qui manquent de corps. Des détails en comparaison du travail accompli et du résultat final, assez ambitieux. D’autant plus que les effets spéciaux sont réussis et plus convaincants que certaines productions plus onéreuses. Le jour de la comète écope bien de petites maladresses, mais bénéficie d’une belle direction de la photographie dans un format scope, légèrement ocre, qui rappelle les films états-uniens des années 80. Si le long métrage pâtit de petits problèmes de rythme et d’une musique orchestrale parfois envahissante, l’élégance de la mise en scène et le soin apporté au découpage rattrapent le tout. Notamment lors du final du deuxième segment, réalisé par Sébastien Milhou, qui fait preuve d’une poésie et d’un romantisme inattendus et bienvenus.

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En plus d’appartenir aux genres du fantastique et de l’aventure, Le jour de la comète est une entreprise courageuse, l’aboutissement de plusieurs années de travail dans des conditions difficiles et qui force le respect. Une ténacité qui en dit long sur ces jeunes passionnés partis à la conquête du cinéma français. Seulement, comme les personnages du film qui voient leurs souhaits prendre des chemins sinueux, leurs espoirs sont plus ou moins déçus par l’accueil glacial réservé au film par producteurs et distributeurs. Cette édition sur support DVD offre au film et à ses auteurs une seconde chance, une opportunité de faire connaître leur travail et un cinéma d’évasion au grand public. Le jour de la comète mérite son attention afin que la production française originale et décalée ne reste pas un événement aussi rare que le passage de la comète de Halley.

 

Le DVD : Cette édition collector double DVD bénéficie d’un très beau piqué d’image qui fait honneur à la photographie de Sébastien Milhou ainsi que de pistes en version originale française en 2.0 et 5.1. Pour les anglophones, des sous-titres anglais optionnelles sont disponibles.

À ces spécifications techniques, s’ajoute une édition particulièrement fournie. Sur le DVD 1, Le jour de la comète est présenté dans sa version courte de 103min. Le film est accompagné d’un « Making of » de 102min particulièrement intéressant, très loin des documentaires promotionnels habituellement fournis en bonus. En effet, il montre les différents étapes du tournage, les espoirs et l’investissement de chacun des membres de l’équipe. Surtout, le documentaire montre que le tournage d’un film est loin d’être aussi glamour et il ne fait pas l’impasse sur les difficultés rencontrées au cours de cette aventure.

Le DVD 2 propose Le jour de la comète dans sa version longue de 115min ainsi que des courts métrages issus de l’écurie Forge dont Le jour du festin, de Cédric Hachard et Sébastien Milhou. Avec ce premier essai, ils font déjà part de leur goût pour le fantastique, la dérision et les marginaux. L’horreur côtoie l’humour dans un univers peuplés de péquenauds. Ce qui rappelle également un certain cinéma états-unien. Les deux autres courts métrages s’avère moins passionnants. Surface sensible, le premier signé Hervé Freiburger est bourré d’afféteries alors que celui réalisé par Arthur Cauras, Point Zero, est un post-apo sans intérêt qui lorgne beaucoup sur Les Fils de l’homme de Alfonso Cuarón. Enfin, la bande annonce du Jour de la comète clôt cette édition soignée.

Le jour de la comète

(France – 2014 – 115min)

Réalisation : Hervé Freiburger, Sébastien Milhou & Cédric Hachard

Scénario : Hervé Freiburger, Sébastien Milhou, Véronique Hauller & Cédric Hachard

Directeur de la photographie : Sébastien Milhou

Montage : Christophe Lapèlerie, Michaël Guerraz

Musique : Steve Journey

Interprètes : Adrien Kamir, Béatrice de la Boulaye, Aurélien Jégou, Alice Vial, Stéphane Roux, Pascaline Ferrer, Yves Arnault, Caroline Anglade…

Disponible en double DVD collector chez The Ecstasy of Films.

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A propos de Thomas Roland

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