Comme l’indique malicieusement son titre, Low Expectations, premier film d’Eivind Landsvik, est une œuvre modeste. Son récit comme son esthétique prennent le contrepied du film hollywoodien, évoqué dans une délicieuse conversation sur Heat. Les « petites exigences » du titre sont désormais l’horizon de Maja (Marie Ulven). Ancienne musicienne ayant connu un bref mais intense moment de célébrité, elle traverse une profonde dépression : tentative de suicide, inspiration tarie, retour chez sa mère. Engagée comme remplaçante dans un lycée où elle surveille des examens, elle se retrouve plongée dans un quotidien fait d’immobilité et d’ennui. Le microcosme adolescent qui l’entoure lui demeure étranger. Cette confrontation à la jeunesse agit comme un rappel cruel de son sentiment d’obsolescence.
Ce qui touche dans le film, c’est précisément la manière dont il transforme cette mélancolie en apprentissage progressif de la modestie. Low Expectations raconte moins les « petits bonheurs » au sens convenu ( et un peu mièvre) du terme qu’une lente initiation au presque rien. Dans sa forme, il nous invite aussi à saisir ces petits trucs bricolés ou ces jolies idées de mise en scène (comme un « doublage » des étudiants par les professeurs) qui font la grâce d’une oeuvre. Pour le spectateur comme pour les personnages, il s’agit d’apprendre à saisir ce je-ne-sais-quoi. Le récit avance par petites touches, sans éclat démonstratif ; le jeu des acteurs est sans esbroufe.
Même si Marie Ulven, chanteuse-compositrice-interprète, est présente dans presque tous les plans, l’ensemble demeure profondément choral. Autour de Maja gravitent Aida (Embla Bernsten), lycéenne admirative ; Johannes (Anders Danielsen Lie, échappé de chez Joachim Trier) et Oscar (Snorre Kind Monsson), membres de l’équipe pédagogique ; et Astrid (Tone Mostraum), mère dépassée et généreuse. Personne, ici, n’accomplit quoi que ce soit d’extraordinaire. Il s’agit simplement d’entourer, d’attendre, de rester présent. Comme chez Ryusuke Hamaguchi, le film croit profondément aux vertus de la bienveillance. Les choses évoluent pas à pas, presque imperceptiblement, dans la lumière douce et légèrement laiteuse de l’été norvégien captée par le chef opérateur Andreas Bjørseth.
Si le titre invite à opposer ces « low expectations » aux Grandes Espérances de Dickens, le récit impressionniste à la grande fabrique de destin qu’est le roman du XIXe siècle, il dialogue aussi discrètement avec Annie Hall, dont il cite une célèbre réplique : « Ceux qui ne savent pas faire enseignent. » Or, c’est précisément par l’enseignement que Maja retrouve peu à peu un élan vital. Jusqu’au bout, Low Expectations est une très jolie ode à la simplicité.
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