Rosemary Standley – “Love I obey”

Derrière l’injonction, en filigrane, la double invitation au voyage. Dans l’espace, puisqu’il s’agit d’un corpus éclectique, cinglant de l’Atlantique à la Manche et tout autour du temps.   Baroques et fol(les)k, ces trésors des XVII et XIXe siècles révélés par Rosemary Standley et les musiciens de Bruno Helstroffer font un malheur, qui tranche sur tous les tons avec le Chant des oiseaux.
Formée autour d’un théorbiste et guitariste polyvalent, fin connaisseur et praticien des musiques actuelles, l’ensemble a déjà connu de nombreux succès individuels. Ses interprètes sont aussi des chercheurs, qui se produisent régulièrement dans d’autres grands ensembles mondialement acclamés (Les Witches, La Chapelle rhénane…).
Paru en février dernier, l’album propose une quinzaine de morceaux portés par le timbre envoûtant et curieusement singulier de la fille de Wayne Standley, père musicien et initiateur d’une des plus ferventes admiratrices de Nina Simone et de Marilyn. Si la voix de celle qui faisait des premières parties de concert de Moriarty un prélude à la viole de gambe semble avoir été taillée pour ce répertoire, les musiciens sont également extraordinaires.
Les noces de la voix et de ce génial soubassement sont particulièrement heureuses autour de Jack Hall. A capella, Rosemary est bientôt rejointe par l’ensemble des instruments qui soutiennent la complainte, au point d’en rendre le sujet moins amer. Dans la première ballade, la chanteuse est accompagnée d’autres voix qui se greffent à la sienne, portées par les fantaisies du clavecin et du théorbe.
Voix et instruments se partagent indéniablement le génie de ce disque. Signalons entre autres, “Pastime” et “I Love a Lasse”, où l’orgue dévoile la gamme étendue de ses jeux. Encore, l’introduction et l’accompagnement – clavecin et théorbe en tête – de l’une des plus étonnantes propositions du disque, “Now that the sun hath veiled his light”. La fin pourrait évoquer un motet de Rigatti.
S’il y avait une fin ?
On croyait connaître ces ballades ; il n’en est rien.
Rosemary Standley – Love I Obey, cd édité par Alpha / Outhere

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