Odessey & Oracle and the Casiotone Orchestra

 

C’était bien hasardeux de prendre comme nom, le titre d’un album culte des sixties anglaises : Odessey And Oracle des Zombies, petit chef d’œuvre de pop baroque de 1968. Il fallait oser. Ce qu’ils ont fait, et ils ont eu bien raison. Parlons donc d’Odessey & Oracle, le groupe et de son disque.

Malgré la référence aux Zombies (musicales et picturales, cf. la pochette), c’est bien à un groupe d’aujourd’hui que l’on a affaire, à un groupe à mille lieux d’un quelconque revival. D’un groupe d’aujourd’hui, oui, qui a assimilé les splendeurs baroques de la pop psychédélique anglaise, durant cette courte période, si riche qu’on y revient encore et toujours, où les groupes n’hésitaient pas à ajouter, à la classique formation rock (guitare-basse-batterie), des clavecins, des cordes, des flûtes, des trompettes classiques, etc. Beatles en tête, comme toujours (au hasard « Eleanor Rigby »). Ou les Stones (oui, même les Stones !) de « Ruby Tuesday », « Dandelion » ou « We Love You ». On peut également avoir une pensée pour The Left Banke, groupe que tout le monde connaît bien sûr (oui ? Hum…). Ainsi que pour le Pet Sounds des Beach Boys. Et on en restera là pour le contexte.

Odessey & Oracle est un groupe atypique à bien des points. La formation, par exemple, un trio (Fanny L’héritier, Alice Baudoin, Guillaume Médioni) qui comprend violoncelle, pianet, clavecin, banjo, viole de gambe, guitares acoustique et électrique. Et des voix, bien sûr. A ces trois-là, viennent se joindre d’autres instruments (violon, flûte, flûte à bec, trompette, percussions, etc.) et d’autres voix. Ce qui donne une belle densité à un ensemble qui œuvre en finesse, en délicatesse, du genre qui fait qu’à la dixième écoute, on découvre encore des détails qui nous ravissent.

Le disque est soigneusement construit comme un tout, ce qui ne peut que me réjouir. Chaque morceau est à sa place, et ce n’est pas un hasard. Odessey & Oracle alterne les chansons et les instrumentaux. Mais attention, bien qu’ils soient plus courts que les chansons, les instrumentaux ne sont pas, à mon sens, à prendre comme des interludes qui mèneraient d’une chanson à l’autre. Ce sont des morceaux à part entière où la musique seule exprime, tout autant que les voix, la poésie qui est le cœur même de l’album.

Disque réussi, donc, qui parvient à injecter de discrètes touches expérimentales dans un classicisme de bon aloi. C’est de la pop de haute volée, de la pop au sens noble du terme, tel qu’employé dans les années soixante. A tous les niveaux, ce n’est que régal : des compositions matures, un chant superbe (aussi bien féminin que masculin, selon les morceaux), des harmonies vocales parfaites, une palette instrumentale large, diversifiée et surtout très maîtrisée. Ce qui fait qu’Odessey & Oracle parvient à éviter l’écueil d’une musique surchargée. Au contraire, celle-ci coule naturellement, avec simplicité et évidence (ce qui laisse supposer un énorme travail pour parvenir à un tel résultat, mais comme toujours avec les gens de talent, ce travail ne s’entend pas). De manière totalement subjective, certains morceaux m’ont immédiatement sauté, à l’oreille : « 2016 » (en ouverture somptueuse de la chose), « The Cat With Lipstick » (et mon amour des chats n’est pas la seule raison de mon engouement), « Fixing The World » et « Night of the Tacky Toys ». Subjectif, tout ça, vous dis-je, car les autres chansons ne déméritent pas. Surtout pas !

Un bien bel album, une bien belle musique, de la part d’un groupe qui devrait compter dans l’avenir et dont le disque n’en finit pas de tourner sur ma platine.

Odessey & Oracle and the Casiotone Orchestra. 2014. Carton Records.

© Tous droits réservés. Culturopoing.com est un site intégralement bénévole (Association de loi 1901) et respecte les droits d’auteur, dans le respect du travail des artistes que nous cherchons à valoriser. Les photos visibles sur le site ne sont là qu’à titre illustratif, non dans un but d’exploitation commerciale et ne sont pas la propriété de Culturopoing. Néanmoins, si une photographie avait malgré tout échappé à notre contrôle, elle sera de fait enlevée immédiatement. Nous comptons sur la bienveillance et vigilance de chaque lecteur – anonyme, distributeur, attaché de presse, artiste, photographe.
Merci de contacter Bruno Piszczorowicz (lebornu@hotmail.com) ou Olivier Rossignot (culturopoingcinema@gmail.com).

A propos de Eric Tessier

1 comment

  1. etienne humbert

    Bonjour ,
    Une reaction suite au concert de Vaulx en Velin du 25 novembre 2015.
    J’ai fait 160 kms pour voir le concert du groupe britannique ZOMBIES et en première partie un trio se produisait avec pour nom « Odessey and oracle » .Ignorant tout de ces trois musiciens , chanteurs(euses) je ne m’attendais à rien en particulier : aussi après quelques titres je me suis enthousiasmé de leur démarche musicale et j’applaudis encore leurs talents ( mon bémol: leur copain au son n’est pas à la hauteur , mauvaise balance entre les intruments et les voix rendant certains textes inaudibles , le clavier Hohner couvrant les autres ….je ne vais me faire un ami!!!!) ce qui m’a gèné pour mieux apprécier .
    Mais ce qui est le motif de mon intervention , c’est la manière SCANDALEUSE avec laquelle on a demandé au trio d’abrèger leur concert .Je suis très choqué . C’est donc un message de soutien et d’amitié que je leur adresse .

Laisser un commentaire

Ce site utilise Akismet pour réduire les indésirables. En savoir plus sur comment les données de vos commentaires sont utilisées.