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A partir des années 50, le péplum va prendre un essor considérable en Italie. Comme d’habitude, il convient de faire le tri entre les petits maîtres qui œuvrèrent dans le genre, que ce soit Riccardo Freda (Spartacus) ou Vittorio Cottafavi (La révolte des gladiateurs, Messaline…), et la palanquée de cinéastes roublards qui profitèrent de cette vogue pour concocter d’alléchantes séries B voire Z (on sait que Gainsbourg y apparaît souvent dans le rôle de « méchant »).

Le grand défi de Giogio Capitani se situe entre ces deux pôles. Le cinéaste n’a pas laissé de grandes traces dans l’histoire du cinéma même si son unique western, Chacun pour soi, a été réédité il n’y a pas très longtemps en DVD. On lui doit quelques comédies (notamment La pupa del gangter avec Sophia Loren, Marcello Mastroianni et… Aldo Maccione!) mais également plusieurs péplums. Sans être un réalisateur de génie, il faut bien reconnaître que son film ne fait pas trop “pauvre” : le cadre est soigné, l’action plutôt bien menée, la photographie est très belle (une fois de plus, il convient de saluer le travail des éditions Artus qui ont dégoté une copie impeccable de l’œuvre) et le cinéaste offre aux spectateurs ce qu’ils sont venus voir : du spectacle, des hommes costauds (multipliés par quatre ici!), un peu de mythologie et de jolies jeunes femmes.

Mais si ce péplum reste néanmoins attaché à un certain esprit « bis », c’est qu’il s’agit d’une œuvre comique. Dès les premiers plans, en dépit des recommandations de Zeus qui lui conseille d’emprunter le chemin de la vertu, Hercule choisit délibérément l’autre et s’engouffre dans la voie du plaisir ! Il sauve Omphale et voudrait l’épouser mais celle-ci n’a aucune envie de ce demi-dieu en jupette. La famille d’Omphale voit néanmoins l’arrivée d’Hercule comme une chance puisqu’il pourrait les aider à vaincre leurs ennemis…

Hercule est interprété par Alan Steel, ancien culturiste qui se spécialisera dans ces rôles de héros de la mythologie. Mais Capitani multiplie ici les gros bras puisque le demi-dieu devra affronter Samson, le brigand Ursus et la mythique Maciste. Tous ces braves gens sont typés avec humour : Hercule roule des mécaniques mais c’est aussi un gros lourdaud qui ne réalise même pas qu’Omphale n’a aucun sentiment pour lui, Samson est un coureur de jupons et c’est pour cette raison que sa femme Dalila le déleste de sa chevelure où réside sa force, Ursus est une brute épaisse et Maciste le gendre idéal qui joue les videurs si besoin est !

L’ensemble n’est pas très crédible mais le cinéaste vise avant tout le divertissement bon enfant : les culturistes bandent les muscles et jouent régulièrement des poings (à tel point qu’Hercule est sur le point de détruire le palais de la reine de Lydie), les bagarres se terminent par des chutes dans l’eau, les dialogues jouent à fond la carte du second degré et toute la dimension mythologique est parodiée (les oracles sont des truqueurs et les dieux n’ont pas un réel pouvoir).

D’une certaine manière, Le grand défi témoigne aussi de ce goût qu’on eut les italiens pour faire prendre aux grands genres une forme plus humoristique. On connaît le traitement que Terence Hill et Bud Spencer infligèrent au western italien : le film de Capitani participe au même mouvement même s’il a le mérite d’éviter les facilités et les gros gags qui tâchent.

Le résultat ne mérite sans doute pas de longues exégèses mais s’avère gentiment plaisant, témoignage surannée d’un cinéma populaire sans arrière-pensée qui ne cherchait qu’à divertir les foules et les amuser.

Somme toute, un programme qui n’a rien de déshonorant !

Le grand défi (1964) de Giorgio Capitani avec Alan Steel

Éditions Artus Films

Sortie le 7 avril 2015

A propos de Vincent ROUSSEL

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