"L’Homme à tête de chou", Jean-Claude Gallotta – Théâtre du Rond-Point

Les concept albums ont souvent ceci en commun qu’ils suscitent des velléités d’adaptation. Leur inspiration littéraire, théâtrale ou cinématographique, en tout cas romanesque, l’appelle quasiment de ses vœux. Exercice tentant, donc, mais tournant parfois à la gageure.
Ainsi de L’Homme à tête de chou, que Serge Gainsbourg enregistra en 1976, alors qu’il était commercialement au creux de la vague et commençait à exercer son génie dans d’autres modes d’expression artistique, en l’occurrence, le cinéma, avec Je t’aime moi non plus, réalisé la même année, avant le roman, quelques années plus tard (Evguenie Sokolov, 1980).

C’est justement largement de littérature dont il est question avec L’Homme à tête de chou, récit d’une passion charnelle jusqu’au meurtre (à l’extincteur) et à la folie (Lunatic Asylum). Histoire à deux personnages, quasi huis-clos mental (qu’est-ce qui est au juste de l’ordre du fantasme du narrateur ?), que Jean-Claude Gallotta prend le pari de faire interpréter par quatorze danseurs, sept femmes et sept hommes. La parité, bien sûr, pour reconstituer sur scène jusqu’à sept couples infernaux, rejouant les mêmes scènes d’attraction/rejet/attraction très érotisées, chacun avec ses propres variations (sur Marilou ?).
Peut-être parce que cette incarnation est trop évidente, trop littérale, elle n’emporte pas toujours l’adhésion, Gallotta et ses danseurs se heurtant de plus inévitablement au mur du caractère presque pornographique de certains textes, face auxquels ils apparaissent comme intimidés (la nudité partielle ou totale des danseurs à plusieurs reprises est une solution plus maladroite que pertinente).
En revanche, quand les danseurs sont en "déséquilibre numérique" et particulièrement lors de trios très inspirés, le spectacle est alors gagné par une dynamique et une tension sexuelle beaucoup plus intéressantes, et même particulièrement réussies lors du mouvement d’une danseuse avec deux danseurs au visage masqué d’un bas.

"L'Homme à tête de chou"

Tout le dispositif scénique imaginé par Gallotta tourne autour d’un fauteuil vide, symbolisant le grand absent du spectacle. Non pas Gainsbourg lui-même mais celui qui devait se glisser dans ses pas et dans sa voix. Qui d’autre qu’Alain Bashung pour cela, lui qui fut notamment son interprète (Play blessures, l’un des deux ou trois meilleurs albums de l’Alsacien) ? Bashung a eu le temps d’enregistrer cette nouvelle version, aux arrangements (dus au complice de longue date de Jean-Louis Murat, Denis Clavaizolle) parfois très séduisants, parfois moins. Il n’aura malheureusement pas eu le temps de l’interpréter sur scène, comme c’était initialement prévu.
Avec Bashung sur scène (au milieu des danseurs, à côté ?), L’Homme à tête de chou aurait-il pris une autre dimension ? Possible, probable même, eu égard au statut  de quasi mythe vivant qu’il prit sur la fin de sa vie.
Reste cet hommage posthume qui, pour imparfait qu’il soit, n’est nullement indigne des Grands Hommes que furent Gainsbourg et Bashung. Pour ne rien dire de Marilou l’ensorceleuse…

Au Théâtre du Rond-Point, 2bis avenue Franklin-Roosevelt, Paris 8ème, jusqu’au 19 décembre 2009.

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A propos de Cyril COSSARDEAUX

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