Yorgos Lanthimos – "Canine" (Avant-Première)

Il y a des films dont le destin est scellé à coup de mauvaises publicités et de quiproquos regrettables. Ce sera peut-être le cas de Canine, présenté à l’Etrange Festival de Paris cette année, et introduit à cette occasion comme un film malsain au final détonant… On comprend la réaction épidermique des spectateurs à l’issue de la projection, tant ce film est éloigné de cette définition…

Sans doute Canine n’avait pas tout à fait sa place dans cette programmation. Bien qu’étrange, c’est sur un registre purement psychologique que le premier film du grec Yorgos Lanthimos se place, se rapprochant des univers de ses consœurs argentines Lucia Puenzo et Lucrecia Martel, avec cette démonstration du vide, cet art des petits riens et des corps alanguis, ces personnages aux visages presque austères, comme figés dans la cire du temps qui ne coule plus…

Des ambiances sous tension, où l’action n’existe pas, et où le vrai drame est partout tapi… Un cinéma qui n’est pas fait pour tous les tempéraments, tant l’attentisme qui le caractérise joue sur nos nerfs parfois jusqu’à l’insupportable. C’est cependant pour les mêmes raisons que d’autres y verront là un renouveau positif du cinéma helléniste.

Le postulat initial est simple, efficace, et bien mené : Un couple décide de couper du monde leurs trois enfants, afin de les tenir à jamais proche d’eux. Enfermés dans une maison aux hautes barrières de bois, ils sont élevés dans un univers imaginaire, où le langage est réinventé, et dans lequel il doivent combler leurs ennuis en créant sans cesse de nouveaux jeux…

Yorgos Lantimos a décliné en une suite de sketchs les diverses situations découlant de ce postulat. On rejoint alors l’ambition des films burlesques des années 30, où se cachent sous une apparente normalité de grandes déviances jubilatoires…Le réalisateur réussit à conduire drame et comédie avec subtilité et beaucoup d’imagination, peut-être parfois un peu trop, accumulant les scènes, dans une suite toujours aussi drôle de situations, mais qu’on aurait parfois voulu un peu plus denses et construites.

Dans l’ensemble cependant l’objectif est atteint, cynisme et incongru se rejoignant dans un final hystérique rafraîchissant. Les acteurs quant-à eux, sont la véritable révélation du film : Tous, sans exception, forment une cellule d’expérimentation parfaitement soudée, arrivant à rendre crédible n’importe quelles postures, comme celle du frère sauvant sa sœur d’un chat tueur ou celle du père pêchant dans la piscine.

Ce film crée une véritable réflexion sur l’éducation et la manipulation, mais aussi sur un monde de mensonges qui se bâtit autour de chacun de nous, dont certains entreverront les failles, et pourront s’échapper… Une métaphore des dictatures contemporaines amalgamée avec le style Tati ; Décalé, drôle, le premier essais de Yorgos Lantihmos est un joli hommage au cinéma, et une belle découverte pour cette troupe de comédiens, qui espérons le, n’en resteront pas là.
 

 

SORTIE EN SALLES LE 2 DECEMBRE
 

A propos de Marion Oddon

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