Warwick Thornton – "Samson & Delilah" (avant-première)

Samson et Delilah, deux adolescents, vivent dans une communauté aborigène du centre de l’Australie. La vie est un éternel recommencement, mêmes gestes répétés chaque jour, avec comme seul espoir de voir le soleil se lever le lendemain mais aussi la solitude et la sensation d’avoir été abandonné.
Samson, effronté, s’ennuie, rêve de changement mais s’évade le nez plongé dans un verre d’essence.
Delilah, elle, s’occupe de sa grand-mère  Nana, peint en sa compagnie des peintures aborigènes.
Ces deux-là se regardent, Samson la suit, fait tout pour se faire remarquer… Mais à la mort de Nana, Delilah est rendue responsable et molestée, l’occasion pour Samson et Delilah de voir si une autre vie est possible…     

Marissa Gibson
Marissa Gibson

De mémoire de spectateur, on n’a pas souvenir d’avoir vu un film narrant la vie d’aborigènes d’Australie. Mais là où le film aurait pu jouer sur l’exotisme du lieu (les paysages sont parfois à couper le souffle), le jeune réalisateur prend le parti de resserrer l’action du film autour de ses deux protagonistes et leur difficile cheminement vers une lumière qui se montre extrêmement capricieuse. Au bout du chemin, l’amour ? 
D’ailleurs, le film précise bien True Love (mais laisse ici des traces), car il faut bien le dire le film, malgré une forme classique, quelques plans banals, quelconques, quelques facilités et traits un peu trop appuyés, laisse une sensation tenace, un goût amer et en même temps imprime des visages fugitifs et irradiants qui nous hantent longtemps après la projection.  Difficile en effet d’oublier les regards obliques, fiers et désespérés, aimants et aimés de Samson et Delilah.

Le film frappe souvent là où ne l’attend pas, joue sur la répétition, parfois même sur le comique de répétition, mais dans ce mouvement concentrique et centrifuge, Samson et Delilah apprennent petit à petit à se connaitre,  prennent vie sous nos yeux.
Le film est aussi une lente dérive, implacable, et pourtant on sent que tout n’est pas désespéré, que nos amants mutiques vont réussir à parler, à se parler, à se comprendre, à s’en sortir, à trouver un peu de vie, s’aimer enfin…

Rowan McNamara
Rowan McNamara

Samson & Delilah a eu un succès considérable en Australie, ce qui ne manque pas de surprendre vu la sécheresse du sujet. On rappellera qu’il a également obtenu la Caméra d’or (qui récompense le meilleur premier film) du dernier festival de Cannes, probablement aidé par l’arrivée en 2008 du nouveau gouvernement travailliste à la tête du pays (qui a présenté officiellement ses excuses aux Aborigènes pour leur occidentalisation et évangélisation forcées entre 1870 et 1970), mais la culpabilité qu’aurait pu engendrer ce film s’est retournée en espoir pour que les choses changent. La forme du film a sans doute permis de provoquer l’empathie des Australiens  et de mieux comprendre la vie de ces laissés pour compte; loin des images préconçues.
D’ailleurs le réalisateur, Warwick Thorton, lui-même a passé une enfance tumultueuse, traînant avec les gamins de rue, sa mère pionnière de la radio et de la télévision aborigène l’élevant seule. Elle peut être fière, le talent de son fils a bouleversé l’Australie et s’apprête sans doute à faire de même dans le reste du monde.     

A propos de Matthieu LOIRE

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