Sam Mendes – "Away We Go"

Apprenant qu’ils attendent un enfant, Burt et Verona se mettent en quête du lieu idéal pour l’élever. Ils entreprennent alors de rendre visite à leurs amis disséminés aux 4 coins des Etats-Unis (et même jusqu’au Canada). A chaque étape du voyage ils se poseront la même question : "Est-ce que nous voulons ressembler à cette famille-la ?".

Avec Away we Go, Sam Mendes semble nous livrer l’exact négatif de son film précédent.
Alors que Les Noces Rebelles dépeignaient la famille comme une aliénation insurmontable le réalisateur s’attarde cette fois sur un couple heureux baignant dans la tendresse et la compréhension. Si dans les 2 films on se pose les même questions ("avons nous raté notre vie ?") ce questionnement est ici rapidement balayé quand il entraînait une remise en cause profonde et tragique dans Les Noces Rebelles. Partant, d’un point de départ assez similaire Mendes a donc voulu nous en livrer le versant optimiste, le drame noir et âpre se muant en une comédie "sympa".

Away we go - John Krasinski et Maya Rudolph
Malheureusement, Away We Go s’avère rapidement la caricature du film indépendant "sympa" qui vise sans doute à être le prochain Juno ou Little Miss Sunshine. De la BO (Folk indie gentillette) au ton faussement anticonformiste en passant par le générique animé mignon on aura droit à tous les tics de ce genre de production. 

Ces défauts pourraient ne pas être rédhibitoires ; il est difficile en effet de ne pas tomber en empathie pour un duo si foncièrement sympathique et les premières minutes sont plutôt plaisantes mais le film ne se relève pas de la façon dont il traite les personnages secondaires. Mendes sait bien que les gens heureux n’ont pas d’histoire et il décide donc pour pimenter son film de nous infliger une brochette de parents tous plus ridicules les uns que les autres. La plupart apparaissent comme des caricatures jouant uniquement le rôle de faire valoir en opposition aux parents formidables que Burt et Verona ne manqueront pas d’être.

Away we go Maggie Gyllenhaal

Dans ces moments, le ton satirique pourrait rappeler celui des frères Coen mais ceux-ci ont au moins le bon goût de n’épargner personne quand Mendes distribue bons points et mauvais points d’une façon assez discutable. On a du mal à comprendre par exemple le traitement infligé au personnage joué par Maggie Gyllenhaal quand un couple canadien tout aussi excentrique nous est montré comme le couple exemplaire.

Enfin, il est intéressant de noter que, sous le vernis relativement académiques des Noces Rebelle se cachait une incandescence et une virulence rare alors que cet Away we go qui pourtant s’affiche indie et impertinent se révèle finalement bien plus conformiste. Le plus triste étant sans doute que ceci vient entacher rétrospectivement la force du film précédent. Comme si Mendes en regrettait la violence…

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