Mathijs Van Heijningen, "The Thing 2011"

En 1982 sortit sur les écrans The Thing de John Carpenter. Un film de genre hybride résolument différent où l’élément SF se faisait discret pour laisser place à une horreur plus suggestive que graphique (quoique…). Et surtout, grande œuvre métaphysique dans laquelle la chose devient celle que nous portons tous en nous. Très mal accueilli par un public américain entièrement conquis par le charme de l’extraterrestre de Steven Spielberg (ET, sorti la même année), le film fut un bide complet et la carrière de Carpenter n’a jamais entièrement récupéré de ce plongeon. Pour l’instant, trois de ses films ont subi les affres du système Hollywoodien, pour le meilleur (Halloween et Assaut sur le Central 13) et pour le pire (The Fog). Ce n’était qu’une question de temps avant que quelqu’un ne s’intéresse aux angoisses glaciales de The Thing.

 

Dans les neiges éternelles de l’Antarctique, un camp de scientifiques norvégiens font la découverte d’un immense vaisseau spatial profondément enterré. Une paléontologue est emmenée sur place pour étudier une créature découverte emprisonnée dans un bloc de glace. Mais la créature parvient à se libérer de sa prison et va ensuite semer la terreur dans le camp.

 

A première vue et selon ses propres dires, il est évident que le réalisateur Mathijs van Heijningen adore la version de Carpenter (lui-même un remake, rappelons-le, de La Chose d’un autre monde, Nyby/Hawks, 1951). Son désir de lui rendre hommage est clairement affiché mais à force de trop vouloir montrer ce qu’on aime, on ne fait preuve soi-même d’aucune créativité, ce qui malheureusement se produit dans ce The Thing version 2011. Tout d’abord, le scénario s’emmêle les pinceaux rapidement en jouant sur le terrain de la préquelle pour expliciter les évènements survenus juste avant que ne débute le film de Carpenter, se révélant un curieux ersatz d’Alien dans sa courte première partie – ou plutôt un prologue rallongé –  avant de reprendre très rapidement le mode du remake de The Thing dans sa deuxième. Cela produit l’impression un peu absurde de voir se répéter une intrigue calquée sur The Thing 1982, mais censée se dérouler avant. Pour pouvoir mélanger deux grands classiques du genre encore faudrait-il avoir l’inspiration nécessaire pour se démarquer des influences et affirmer l’originalité de son approche. Hélas, au mieux, The Thing crée un bel effet photocopie, imitant plutôt convenablement le Carpenter, venant prouver l’inutilité total du projet ; au pire, il éclaire les zones d’ombre de manière lourdement explicative et en rajoute dans la surenchère là où le plaisir de l’original était de ne pas répondre aux questions et de laisser travailler l’imagination. Au lieu de développer les graines d’idées présentes qui auraient pu faire l’intérêt d’une préquelle, ils nous donnent à voir des situations, des personnages et même des bouts de dialogues directement prélevés dans les deux films pré-cités (le scientifique fasciné par la créature qu’il veut absolument étudier en dépit du danger évident, les deux gars qui ne pensent qu’à toucher leur prime, la façon de tuer de la créature, ainsi que d’autres clins d’œil copiés-collés).

 

Si la deuxième partie du film reprend dans les grandes lignes The Thing 1982, elle fait basculer en les réécrivant certaines scènes mythiques de Carpenter dans le ridicule involontaire en croyant les améliorer. Ah, cette séquence de prise de sang où l’effroi croissait de seconde en seconde devient ici une séance collective d’inspection dentaire ! Puis e film devient alors une simple course au monstre avant de sombrer dans un final à la « hauteur » de X-Files, Le Film. Seul le générique final se raccrochant au wagon-préquelle parvient à faire toucher du doigt le fantasme d’un film auquel nous n’aurons jamais assisté. Remettant en scène la scène d’ouverture du film de Carpenter sur fond musical du terrassant score de Morricone, il nous renvoie pendant quelques instant à l’ambiance angoissante originelle…trop tard.
 

En outre, l’absence de charisme de Mary Elizabeth Winstead (Black Christmas le remake, Destination Finale 3 et Scott Pilgrim) fait un peu plus regretter à chaque minute l’intense Kurt Russell. Et si son comportement et les diverses situations qu’elle rencontre font inévitablement  penser à la Ripley d’Alien et surtout Aliens, la comparaison avec cet icône héroïque féminin du cinéma fantastique ne plaide pas en sa faveur.
 

 

Le génie du Carpenter reposait dans ses sentiments de solitude et de paranoïa provoqués par une créature capable d’imiter l’être humain à la quasi perfection, capable d’être à l’intérieur de n’importe qui, éliminant toute possibilité de confiance entre les personnages. Plus aucune introspection ici pour une œuvre qui évacue toute ambiguïté, toute tension, nous découvrant dès dix minutes de film la créature dans toute sa splendeur numérique et sous toutes ses coutures. Victoire de la démonstration et mort du suggestif. D’ailleurs lorsque chacun a son lance-flamme à portée de main, la menace n’est pas si grande.

 

Pas franchement désastreux, le film distrait comme une sympathique série B plutôt à l’ancienne, mais présente surtout un intérêt limité. Le spectateur, à l’arrivée, préfère penser qu’il ne sait toujours rien de cette expédition norvégienne du Carpenter, laissant leur mort à son mystère, ces bâtiments calcinés à leur secret. Finalement, le film The Thing est un peu à l’image de la chose elle-même, tentant tant bien que mal d’imiter son modèle, modifiant deux-trois éléments, en recrachant quelques autres, mais sans jamais être capable de lui donner une vraie substance.

 

– Who goes there ?

– Don’t worry, nobody »

 

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