Jim Jarmusch – "The Limits of control" (Avant-première)

 
Jim is back ! Après un dernier opus au goût fané, Jarmusch nous offre ce qu’il a de meilleur, dans un film où la valse des grands acteurs n’a d’égal que la qualité du scénario. Revenant à l’essence de son cinéma, il offre à Isaac de Bankolé un rôle taillé sur mesure, dans une odyssée chimérique, véritable ode à la langue, à la vie, à l’art et au mystère.
 
Durant près de deux heures, on s’interroge : Le film a t’il un sens ? Qui est le personnage campé par Isaac ? Quelle est sa quête ? Où mèneront tous ces indices disséminés un peu partout ?
La première séquence pose l’ambiance : Isaac, costume bleu satin impeccablement coupé, s’assoit à côté de deux hommes aux lunettes noires : Alex Descas et Jean-François Stévenin. Nous sommes dans un aéroport français, et leur dialogue débutera comme beaucoup d’autres par la suite : « Vous ne parlez pas espagnol, n’est ce pas ? ». S’en suivra une conversation en créole traduite avec : beaucoup d’anglais, un peu d’espagnol et quelques mots de français…
 
Une histoire sur la parole entre les peuples donc, avec un personnage principal quasi muet et des acteurs théâtraux (Une Tilda Swinton méconnaissable et un Bill Murray simplement parfait), comme sortis d’un rêve, chacun étant le symbole d’une nation : française, mexicaine, chinoise… Un road movie international et solitaire où Isaac, l’éternel inconnu, traversera l’Espagne, confondant art et indices, vie et paysages peints.
 

Tilda Swinton, caméléon volubile
 
Un film qui s’inspire beaucoup de la beat generation, comme le suggère le titre emprunté à un des livres de Burroughs, consacré justement à cette fameuse parole… Et les références littéraires se multiplient un peu partout, de cette phrase introductive de Rimbaud à certaines lectures de nos protagonistes… Des indices parsemés pour nous éclairer sur le cinéma de Jarmush et son parcours. Les réminiscences de "Permanent vacation" et de "Down by Law "affleurent dans ces rues madrilènes ou ces bars nocturnes, mais le personnage, comme son créateur, se rapproche de la maturité acquise par ses prédécesseurs Dead Man et Ghost Dog.
 
Car si le spectateur est perdu, Isaac lui sait où il va, avec détermination et sans jamais plier sur aucune de ses règles de vie. Notre homme est méticuleux, les décors le sont aussi, formant un film tout en résonance, entre sons et images, tableaux de maîtres et phrases de poètes.
 
Evitant tous les pièges narratifs, il crée une œuvre naturaliste, humaine et drôle, proche de l’esprit de Jacques Rivette à qui il a voulu rendre hommage. "The limits of control" signe le vrai retour de Jim Jarmusch, prouvant qu’il faut savoir tourner la page « blanche » pour pouvoir mieux revenir là où tout avait si bien commencé… Et l’affiche composée pour l’occasion n’en est qu’un des heureux indices.

 


Isaac de Bankolé, chanteur muet ?
 
Sortie en salles le 2 décembre 2009

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A propos de Marion Oddon

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