Toboggan – "E Brutal"

On a parfois accusé Toboggan de se cantonner dans un style musical proche d’un post-rock en pantoufles, prévisible et quelque peu répétitif. Pour ce troisième album, coïncidant avec un changement de label, Toboggan s’élève bien au-dessus de ces critiques avec un album tout de concision et d’explosivité. Les titres sont assez courts, et E Brutal ne fait pas dans la répétition, on se fait saigner à blanc d’entrée par ce duo de guitares – barytone guitar et guitare – pour notre plus grand plaisir. Parce qu’il est avant tout question de plaisir sur ce disque, non que la complexité ne soit pas au rendez-vous. E Brutal est aussi prenant et grisant qu’une course poursuite sur l’autoroute.

Il y a d’abord le plaisir du bon gros son rock – enregistré au studio Planet Roc à Berlin, ce nouvel album est profond et brut. Parlons justement de cette fameuse “barytone guitar” : une guitare accordée très bas, un son grave et rouillé, qui donne la réplique à l’autre guitare, située dans l’enceinte opposée. Cette disposition sonore ajoute encore au plaisir d’écoute. Même à travers la sono pourrie d’une Golf millésime 1986, les frissons passent, et je trouve cet album particulièrement adapté à la route. Il suffit d’écouter le riff final de “Fire Walk with Me” pour se convaincre que l’alchimie fonctionne parfaitement. Notons aussi un synthétiseur plutôt ancien, crédité du nom d’Elka, qui se situe également dans ces tonalités graves, gutturales et rythmiques.

Le choix des instruments est pour beaucoup dans la réussite de ce disque, tout comme le chant de Valérie Niederoest, limité à une chanson sur deux, soit 5 au total. Sa voix fantomatique épouse parfaitement la réverbération des guitares et semble parfois planer comme une ombre sur ces chansons (“Stare”), malgré sa douceur.

Le premier morceau (“Play, Play”) est un exemple de cette nouvelle dynamique: 3 minutes, quelques changements de rythmes et des harmonies vocales ensorcelantes pour tout dire et nous laisser sur le carreau. Suivi du plus rapide “Mission”, mené par cet orgue vintage aux accents kraut rock et une batterie toujours aussi svelte. S’il faut appeler ça du “post rock”, vous pouvez m’en donner chaque matin au petit déjeuner, mais il s’agit plutôt de morceaux rock très directs et techniques.

Au final, le plus impressionnant reste cette entrée en matière parfaite et la durée pendant laquelle Toboggan arrive à maintenir ce niveau, facilement jusqu’au 8 ou 9e titre. Le groupe ne se “perd” plus en cours de morceau comme ça pouvait être le cas par le passé, mais va droit au but. Si l’atmosphère de E Brutal est plutôt sombre, l’album reste très engageant et on se laisse vaincre facilement par cette musique, ce qui est aussi rare que plaisant.

Jp est membre de la rédaction de notre excellent partenaire Musique-chroniques

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