The Mount Fuji Doomjazz Corporation – “Egor”, Denovali records.

 

C’est sous l’impulsion de Jason Köhnen que le projet expérimental The Kilimanjaro Darkjazz Ensemble prend son envol en 2000. Un parmi d’autres serait-on au premier abord enclin de dire car le grand manitou aux dreadlocks d‘anthologie, pionnier du breakcore, enchaine à vitesse grand V les side-projects (Tokage, White Darkness, Wormskull). «Kilimanjaro, c’est l’exutoire romantique, mélancolique, organique où nous utilisons principalement des instruments» (1), précise-t-il. Pour le coup il est épaulé par un de ses copains de l’école d’art d’Utrecht, Gideon Kiers. Fan de gialli, de films muets et de courts-métrages au chapitre desquels les bijoux des frères Quay et les chimères de Jan Svankmajer, le duo cinéphile se lance sur la piste d’un goût confidentiel qui peu à peu s’ouvre au plus grand nombre. Il passe des microcosmes underground, alternatifs ou avant-garde au mainstream. Composer pour des films muets voilà grosso modo l‘envie. L’inspiration par l’image fait son chemin pour déboucher sur du sonique. Sur les pas d’une révolution menée en Fluxus et en dreamhouses par La Monte Young , ils habillent deux classiques du genre : Nosferatu, eine Symphonie des Grauens de Murnau – illustré magnifiquement quelques centaines de kms plus au sud par les palois de Mygük (2002)et Metropolis de Fritz Lang. Transitent ensuite un temps chez Planet Mu puis signent chez Ad Noiseam où sévit déjà Bong-Ra.
Le groupe étoffe son line-up en 2004 avec l’arrivée d’une tromboniste, Hilary Jeffery et d’une violoncelliste, Nina Hitz. En 2007 intronise Eelco Bosman et Charlotte Cegarra, respectivement guitariste et chanteuse. Le cosmopolite combo se stabilise définitivement en 2008 avec la violoniste de Chrome Hoof, Sarah Anderson. Tout ce petit monde part s’installer aux Pays-Bas. Musicalement TDKE frôle les couloirs des genres même s’il partage une sympathie évidente avec le drone (Earth, Sunn‘O)))).Profondément cinématique, il oscille entre sérénité et chaos, apaisement et agitation, confusion et clarté. Flirte avec les cimes et les abîmes. Emprunte des galeries transversales tapissées de drone, d’ambient, de jazz, de doom, d’electro, de post-rock, de trip-hop enfin d’indus bruitiste. Manie les collages pour des composites hermétiques qui mêlent instruments traditionnels (trombone, basse, violoncelle) et bidouillages sur logiciels. Construise des dialogues entre son analogique et numérique. Travaille durement l’ambiance. Tantôt oppressante, tantôt planante. Quoi qu’il en soit, toujours intense pour des titres captivants : Lobby, Embers, Dark Night of the soul, Shadows, Horns of King David, Palace of the tiger women, Bird’s Lament pour n‘en citer que quelques-uns. Curieux, Köhnen et Giers flanquent en 2007 un alter ego à TDKE : the Mount Fuji Doomjazz Corporation consacré exclusivement aux performances live du groupe. On retiendra dans cette discographie Succubus (2009), écrin du film du même nom du réalisateur Jesus Franco.Egor, quatrième opus de TMFDC, comprend quatre plages d‘un quart d’heure en moyenne, succession de montées, de descentes, d‘acmés, de fluctuations, de strates. Disponible depuis le mois de Mars chez Denovali, il est selon le groupe une sorte de mix entre Anthropomorphic et Succubus, « taillé pour emmener dans son sillage les amateurs de post-rock gothique autant que les férus de free jazz opiacé ou de drone fantomatique, qui goûteront quant à eux la fébrilité chaotique et le spleen tâtonnant (…)» (2). Teinté d’influences orientales, yiddish, psychédéliques, Egor, est, comme dirait Borték, cosmique. Egor, effort en fragments, mérite en conclusion amplement que l’on cale son casque en partance pour des météorites prenantes, relaxantes, déstabilisantes, perturbantes. Finalement reflet de notre monde, infini de gris grisé au hasard. Subtil!

 

(1), in interview pour Resident Advisor.
(2), in Indierockmag

A propos de Elysia

Laisser un commentaire