Ron Sexsmith – Exit strategy of the Soul

Ron Sexsmith n’a pas de chance. Pourtant, lorsqu’il est venu au monde des songwriters surdoués au début des années 90, de bonnes fées se sont penchées sur son berceau : Macca himself et Elvis Costello sont des fans de la première heure. Mais que pouvait faire le canadien joufflu, son doux brin de voix et ses jolies mélodies face à l’aura séraphique d’un Jeff Buckley et la bouleversante fragilité d’un Elliott Smith ? Déjà trentenaire et papa de deux bambins lorsqu’il a commencé sa carrière en 1991, Ron Sexsmith n’avait pas vraiment le profil de l’artiste à fleur de peau ou sulfureux, comme Rufus Wrainwright, dont la grâce décadente parvient souvent à masquer le manque d’inspiration mélodique.
Et c’est sans doute là que se situe le problème de Ron Sexsmith : c’est un habile faiseur de mélodie, un artisan de la pop, studieux comme un bon élève. Ses albums ressemblent à ces mécaniques anciennes amoureusement entretenues par un antiquaire passionné avec des pièces d’origine. Rien ne change, rien ne dérape, pas la moindre petite distorsion ne vient affecter le chant ou l’accompagnement. L’application est là, mais où est l’implication, l’abandon, le vécu qui faisait dissonner la guitare d’Elliott Smith ou chanceler la voix de Jeff Buckley ?
Bien sûr, de temps à autres, un miracle se produit. Une petite perle gentiment fêlée vient se glisser au milieu de mélodies tellement sages qu’elles finissent par sonner comme des berceuses. Sur le précédent album du canadien, Time Being, c’était le merveilleux Grim Trucker, chanson pop absolue, face B rêvée d’un album des Wings. Sur ce nouvel opus, Exit Strategy of the soul, c’est le très beau Ghost of a chance, soutenu par une discrète harmonie de voix fragiles (le fantôme d’Elliott Smith, à qui Ron Sexsmith avait dédié son album Retriever, n’est pas loin) et enluminé par un pont à donner la chair de poule, où Ron desserre enfin un peu les coutures pour laisser sa voix s’envoler, et ses émotions s’évader. Un peu plus loin, The impossible World renoue pour le meilleur avec ces discrètes envolées. Mais le reste de l’album, tout juste “secoué” par le sympathique Brandy Alexander coécrit avec Feist (ce titre est d’ailleurs présent sur le dernier album de la Canadienne) confine à la neurasthénie.
Exit strategy of the Soul a beau être sincère et chaleureux – la section de cuivre, utilisée avec parcimonie sur des titres aux arrangements léchés comme This is how I know ou One Last Round, lui confère un vrai supplément d’âme tout en charmante désuétude -, il peine à se rendre inoubliable.

Le joli This is how I know en version acoustique

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