Pete Yorn & Scarlett Johansson – "Breakup"

Mais non, le rock critic (ça vous a de suite un côté Lester Bangs / Nick Kent, hein, avouez !) n’est pas cet animal à sang froid, ce charognard déchiquetant avec plaisir le cadavre encore chaud des rich and famous trop rich et trop famous. Parfois, il force le trait jusqu’à la caricature, juste pour être sûr de bien se faire comprendre (vous savez ce que c’est, dans cette époque d’hystérie médiatique permanente…). Mais il est ravi quand un disque vient sèchement le remettre à sa place. Pas trop souvent non plus, le rock critic n’est pas forcément maso, hein…

En son temps, j’écrivis des choses pas très gentilles sur l’album solo de Scarlett Johansson. Mon jugement sur le disque lui-même n’a pas changé mais je reconnais aujourd’hui avoir écrit quelques conneries sur la demoiselle elle-même. Dont acte et toutes mes confuses, M’zelle Scarlett.
La plus grosse étant qu’elle n’était pas une chanteuse. Merci à Pete Yorn de me permettre aujourd’hui de pouvoir, avec force, affirmer le contraire. Elle s’était juste attaquée, d’elle-même, si on l’en croit, au mauvais répertoire (des reprises de Tom Waits, pour les étourdis).
En vrai, Scarlett est une chanteuse pop, une chanteuse country, une chanteuse country-pop, qu’on aimerait bien voir se frotter, tiens, comme ça, au répertoire de quelques grandes dames comme Tammy Wynette, Emmylou Harris ou June Carter.

La belle et le beau mec
La belle et le beau mec

On ne vas pas dire que Breakup est la réponse à ses détracteurs, finalement plus nombreux que prévu (encore une belle erreur de jugement de ma part, allez),, puisque, comme on le sait, il fut enregistré avant Anywhere I Lay my Head (on se demande d’ailleurs bien pourquoi il n’est pas sorti plus tôt…). Alors apprécions juste l’album pour ce qu’il est, une jolie et courte (neuf morceaux seulement) collection de chansons troussées par un songwriter de talent, profitant ainsi d’une lumière médiatique bien venue, aux sonorités très "US college radios", pas d’une folle originalité mais indiscutablement efficaces. Que ce soit dans un registre très pop (Relator et son gimmick de guitare très catchy, Wear and Tear, son intro à la Sing de Travis et son refrain entêtant, la très Sondre Lerche (1) Shampoo) ou dans des ambiances plus bluesy (Clean) ou countrysantes (I Don’t Know what to Do, où Scarlett évoque étonnamment… Zooey Deschanel, comme quoi, vraiment, tout faux, le rock critic !). Et puis, quand il y a une reprise, elle est de très bon goût, puisqu’il s’agit du I Am the Cosmos de l’ex-Big Star Chris Bell (on a quand même le droit de préférer l’original).

Pete et Scarlett ne se partagent pas tout à fait équitablement l’album, mais leurs voix se marient bien, le rauque éraillé so sexy de l’une faisant contrepoids aux intonations souvent assez féminines de l’autre.
Tout ça est évidemment beaucoup moins hype que le "Tom Waits album" (Dave Sitek, David Bowie… wouuuuh !), peut-être plus modeste, mais infiniment plus plaisant.
Bon, maintenant, que Zooey ne se mette pas martel en tête : she’s still number one in my heart…

(1) Note pour plus tard : vite chanter les louanges du merveilleux Heartbeat Radio du Norvégien !

A propos de Cyril COSSARDEAUX

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