Oliver Koletzki "Großstadtmärchen"

Si la musique électronique est un genre auquel vous êtes allergiques (en même temps entre Alec Empire et Boards of Canada hein !) ou bien si la langue allemande vous rebute tout autant sinon plus (en même temps entre Rammstein et Goethe hein !!) alors passez votre chemin virtuel voulez-vous bien, ce disque d’Oliver Koletzki, musicien allemand, 100% électronique et chanté dans la langue de Klaus Meine n’est pas pour vous.

En même temps,

En même temps vous aimez les mélodies tendance mélancoliques ? Ou bien la musique de danse pourvue qu’elle ne soit pas trop bravache ? L’Allemand tant que ce n”est pas braillé par une horde de supporters du Bayer Leverkusen ca ne vous dérange pas plus que çà à la réflexion ? Alors tentez votre chance car l’album de ce jeune musicien, surnommé par ses amis français "Le pur de Berlin", est une superbe publicité et pour la musique électronique et pour la langue allemande.

Un disque constellé de morceaux plutôt calmes, sans pour autant flirter avec le downtempo pur et dur, non plutôt une légère volupté et une mélancolie non plombante, une musique qui va de pair avec ce que John Cage appelait des imaginary landscapes. Zuckerwatte, le second titre du disque, illustre à merveille cette veine avec son ambiance de fraiche matinée, cette buée aux vitres et ce soleil qui pointe par-dessus. Il faut dire que la voix féminine qui nous susurre des amabilités (en allemand certes, mais amabilités quand même) y est pour beaucoup, the sun always shines on Berlin. Le morceau suivant U-Bahnrehausse à peine le tempo et offre son pendant masculin au chatoyant titre précédent, il va sans dire que la langue se fait ici un peu plus rugueuse, même si les cordes rajoutées réussissent à lisser ce râpeux.
 

 

Auparavant This is leisure ouvrait à merveille ce bal des maux-dits, une atmosphère à la Paul Kalkbrenner enrichi de jets de cordes toutes les 16 mesures, comme une virgule majuscule posée en guise de gué au milieu d’une prose à courant modéré.

 
Après ces trois mélopées plus ou moins lancinantes il est temps maintenant de rejoindre le dancefloor, même si celui-ci est ici en mode fin de nuit (et le public somnolent, ce qui ne veut pas dire avachi). Les deux titres suivants proposent en effet une musique bien plus alerte avec une très belle orchestration (Kusskompatibel) ou une basse puissante à la Should I sing like this de Green Keepers (remember ?) sur Warschauer StraBe.
 
Hypnotized est une agréable tentative de pop mélancolico-synthétique, peut-être un peu longue cela dit mais qui n’entame en rien la formidable impression d’ensemble. Pareille ambition se retrouve dans le titre final, en mode plus grandiloquent cette fois, These Habits, où l’on se rapproche du son lounge débité au kilomètre sur un nombre incalculable de compilations de lieux et autres sans jamais franchir la frontière du bon goût et de la sincérité.
 
D’autant que Kleines zwischenspiel déboule ensuite pour une pièce musicale de choix : Un piano à la Cannonball de Supertramp (et oui) graissé d’une rythmique efficace et de synthés mollement velléitaires. Ce titre illustre une constante dans le travail d’Oliver Koletzki qui est le souci de la musicalité, cette envie de ne pas se limiter aux recettes toujours (enfin souvent) efficaces du côté de la techno pour mieux l’embellir et toucher toujours le cœur et occasionnellement le corps. Headshaped box qui suit se propose de truster les sommets de quelques playlists de bon goût avec sa grosse basse qui sonne la charge sabre au clair tandis que le piano, en tong, encourage loin derrière.
 
Cet album d’Oliver Koletzki, par sa musique d’une grande richesse comme d’une belle unicité et par les participations vocales qui l’illuminent, est l’un des plus beaux de cette année 2009, tous styles confondus. Qu’on se le dise.
 
 
 
 

A propos de Bruno Piszorowicz

Laisser un commentaire