Muse, Bercy le 17 novembre 2009


            Suite à la surprise causée par le dernier album The Resistance, la tournée de Muse était très attendue, tant pas les fans que par la critique. L’attente avant l’ouverture est plutôt bon enfant, tranches d’âge variées, vraiment de tout, des adolescents aux trentenaires voir plus, looks variés en restant assez classiques à la différence de la tournée précédente qui comptait dans ses rangs des énergumènes tout de noir vêtus et des métalleux. Pas très rock tout ça : pas de débordements, ni d’effluves de bière mêlées à des fumées illicites et ouverture des portes à 17h30, peur de la grippe ou public frileux ? C’est donc avec un peu d’anxiété que l’on voit rentrer le public, sagement, dire qu’au Zénith, il y a de ça quelques années, Muse cassait ses instruments sur scène…

            Biffy Clyro, en bon habitué des premières parties de Muse, essaie de chauffer la salle très tôt pendant une petite demi heure, la soirée s’annonce réglée à la seconde près, pas de retards ni de contre-temps, de plus en plus étonnant pour Bercy ! Leur prestation est comme toutes les premières à leur actif : mitigée, mélange de ballades rock et riffs de guitare un peu plus agressifs un peu dans le style d’Albert Hammond Jr., en beaucoup moins bien fini. La voix est plus criarde que mélodieuse ainsi que trop souvent fausse mais la rythmique est toujours aussi efficace, ce qui sauve un peu le tout. Pourtant la salle, avec gradins à 360, ° est déjà pleine à craquer. Pour finir, ils partent un peu vite et surtout sans avoir fait l’unanimité ! Autre fait marquant, l’interlude sonore entre Biffy Clyro et Muse n’est plus du gros métal qui tache à la Rage Against The Machine, pourtant référence du groupe mais… de la techno !!!Quel humour anglais !

            20h30, on passe aux choses sérieuses, une intro à l’ambiance apocalyptique avec projections lumineuses sur trois immenses colonnes qui vont du sol au plafond avec effets lumineux de grand spectacle : lasers et lumières stroboscopiques. Pour finir, les colonnes s’ouvrent verticalement et le trio apparaît en hauteur, chacun sur une plateforme amovible et lance « Uprising » à fond. A ce moment, toute anxiété vis-à-vis du public disparaît, le « jeune » tube est scandé par Bercy tout entier, la foule est partie au quart de tour dans un déchaînement complet, les riffs de guitare bien métal et ravageurs, accompagnés d’une batterie lancée à toute allure finissent de chauffer la salle. Chapeau bas, en l’espace de cinq minutes, la salle est enflammée, même des groupes de plus grande envergure comme Metallica, Red Hot Chilipeppers, Linkin Park, Rage Against the Machine…n’arrivent pas à cela en si peu de temps. L’inquiétude quant au soi disant tournant musical de Muse disparaît elle aussi, le groupe nous livre un show titanesque avec du gros son de guitares rock et distorsions sonores en tous genres comme ils en ont le secret.
           

           Le trio, malgré une tournée mondiale déjà bien avancée, est en très grande forme et enchaîne à toute allure tous ses tubes tous mieux accueillis les uns que les autres, mêlant tous les albums : « Resistance », « New Born », « Map of Problematique », « Supermassive Black Holes », « MK Ultra » (rajouté à la set list après demande du public, c’est beau quand même !), « Hysteria ». La première demi heure est donc dantesque, effets visuels avec lasers admirables, batterie tournante sur elle-même, euphorie générale, titres dopés avec une énergie pure à la batterie et à la guitare et un Matthew Bellamy infaillible vocalement. Encore une fois, Muse ne se moque pas de son public. En une demi-heure, la chaleur est montée de quelques degrés avec un public complètement conquis et qui participe à fonds, fait remarquable à Bercy pourtant réputé de par son public parisien un peu difficile. Les intros et transitions en riffs de guitare sont toujours d’actualité et de qualité en plus !
           
           La seconde partie, plus calme est davantage teintée d’impros et d’arrangements : « Cave » est repris à la jazz rock, sessions de drum and bass et, le nouveau single « Undisclosed desires », plus électro, le tout dans une ambiance d’expérimentation musicale avec guitare arrangée d’un clavier MIDI, étrange montage s’il en est. Quand on connaît le parcours en musique « classique » du groupe, ce genre d’expérimentation ne surprend pas, vu que l’improvisation est monnaie courante dans ce domaine. Mais il est vrai qu’en grande salle, cette expérimentation sonore peut mal tourner et être très mal perçue. Et Muse réussit ce tour de force de bien faire passer ce moment qui en rajoute à l’ambiance d’étrangeté de la soirée mais cela peut surprendre.

            La troisième partie achève la salle avec une intensité qui monte encore d’un cran et la folie prend avec des « Starlight », « Plug in baby », « Time is running out », « Unnatural selection » qui mettent chaos la salle toute entière, le batteur en casse d’ailleurs une caisse claire à force de rythmique sur cadencée…(faut le faire tout de même !) . Sur de nombreux titres, ce n’est plus que la salle entière qui chante à la place du leader. Après la folie, un autre monde avec l’ouverture d’Exogenesis qui emporte le public avec une rare intensité et un son qui prend les tripes. Et pourtant, une symphonie sur scène à quatre instruments n’est pas commode à interpréter d’habitude alors qu’il faudrait quelques dix instruments de plus ! Les effets lumières en rajoutent bien évidemment à cette ambiance d’ailleurs avec des constellations projetées un peu partout dans la salle, le spectacle visuel se rajoute au spectacle musical sans grossièreté ni sensation de surfait.

            « Stockholm syndrome » et « Knights of Cydonia » concluent en beauté ce show, au bout de prés de deux heures de grande implication scénique et musicale. Et en plus, maintenant, ils parlent avec le public dans une belle communion ! Un très grand concert donc qui réveille et donne une bonne claque et une organisation parfaite du spectacle tant dans le son que dans le spectacle visuel. Mais jusqu’où iront-ils ? Bienvenue dans un autre monde, le challenge est respecté.

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