Mickey Baker


Mickey Baker
qui vient de disparaître ce 27 novembre à l’âge de 87 ans était peut-être d’abord connu pour le tube Love Is Strange, datant de 1956, succès à l’intro de guitare célébrissime qu’il interprète avec la chanteuse Sylvia Vanderpool, sous le nom Mickey & Sylvia. La chanson a été abondamment reprise, par Buddy Holly, les Everly Brothers, Everything But The Girl plus récemment, ainsi que dans la B.O. de bon nombre de films ou séries (Badlands, Dirty Dancing, Casino, Funny People, The Wire…). Par ailleurs, Mickey & Sylvia placeront un grand nombre de titres dans le Top 100 américain entre 1956 et 1961. Formé au jazz et au blues, Mickey Baker accompagne également Screamin’Jay Hawkins sur I Put A Spell On You et réalise les arrangements de Fever de Little Willie John durant cette période.

En 1962, il quitte les Etats-Unis pour la France. “J’ai décidé qu’il fallait quitter les Etats-Unis [à cause du racisme]… et comme j’avais toujours eu le béguin pour la France, vu que de grands jazzmen y avaient séjourné, ainsi que Joséphine Baker, j’ai posé mes valises à Paris”. (1) Il y rencontre son épouse qui est à la tête du département pop de DiscAZ, le label de Lucien Morisse (2) qui découvre ou fait connaître tout au long des années soixante des artistes aussi divers que Dalida, Petula Clark, Christophe, Michel Polnareff… Pour les DiscAZ, Mickey Baker collabore aux succès de Ronnie Bird, Sylvie Vartan, Françoise Hardy, Colette Magny… Il travaille aussi beaucoup, de 1964 à 1967, au lancement d’une jeune chanteuse appelée Chantal Goya, ce qui lui vaut une brève apparition dans le film Masculin, Féminin (1966) de Jean-Luc Godard. Signalons enfin des collaborations plus méconnues mais dignes d’intérêt, notamment avec un jeune chanteur anglais en 1968, Nick Garrie, pour qui il réalise les arrangements de Queen Of Spades et Close Your Eyes (3).

Le nom de Mickey Baker est indissociable d’une certaine tonalité de la chanson pop française des sixties à laquelle il a apporté sa touche personnelle. Dans un émouvant titre, sur un album où transparaît la nostalgie de cette époque, Chrominance Decoder (1999), April March rendait ainsi à Mickey Baker un émouvant hommage.

Mickey Baker est décédé en France, son pays d’adoption.

(1) Cité par Philippe Auclair, in Dictionnaire du Rock, Paris, Robert Laffont, 2001, p. 1156.
(2) Epoux de Dalida, responsable de la programmation musicale d’Europe 1, créateur de
Pour ceux qui aiment le jazz, Musicorama, Salut les Copains, fondateur de DiscAZ, Lucien Morisse est une figure majeure de la chanson française des années soixante. Il se suicide en 1970 à l’âge de quarante-et-un ans. Michel Polnareff lui a rendu hommage dans la chanson Qui a tué grand-maman ? (1971).
(3) Musicien talentueux au parcours chaotique, Nick Garrie vient de nous accorder une interview à paraître bientôt sur Culturopoing.

A propos de Alain Hertay

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