Iggy & The Stooges, "Ready To Die" – Mr Dynamite peine à faire sauter la baraque.


 
 
En juillet dernier, nous publiions dans les colonnes de Culturopoing, ici, un point de vue personnel concernant la situation de James Osterberg, chanteur solo, leader des Stooges et homme-sandwich à l’approche de ses 66 ans. Nous affirmions notre attachement bienveillant à celui qui avait été l’auteur d’œuvres aussi révolutionnaires que Raw Power et The Idiot mais qui, plus récemment, avait commis un disque inepte de reprises nommé Après.
Et voici qu’est sorti ce 29 avril un nouvel album des Stooges, Ready To Die. Un crève-coeur que de devoir rendre compte franchement de ce que nous ressentons à son écoute… Ready To Die n’est pas un disque absolument désagréable, le groupe déménage. Mais il n’est pas stoogien, au sens fort du terme, en admettant que celui-ci ait un sens. Et en cela, Ready To Die déçoit et énerve.

Depuis 2003, Iggy semblait être en mesure de porter une double casquette, de se partager de manière un peu claire entre deux aspects de sa personnalité artistique… la tendance crooner pour sa carrière solo, la veine hard avec les Stooges.
Pour ce qui est du premier aspect, il faut bien reconnaître que c’est raté… jusqu’à nouvel ordre. On verra après Après. Mais Iggy Pop a alterné tout au long de sa carrière les réussites et les échecs. On est habitué. Cela fait presque partie du personnage.
Pour ce qui est des Stooges, le problème est différent. Les Stooges sont une instance rock’n’rollienne mythique et spécifiquement datée. Un groupe qui a atteint en trois disques – de 1969 à 1973 – une acmé hallucinante dans l’expression musicale de la pulsion érotique, de l’agressivité punk et du malaise existentiel que l’on imagine difficilement réapprochable. Reformer le groupe, refaire des disques sous ce nom n’est pas à être considéré comme sacrilège. Simplement, il est difficile à tout un chacun de ne pas considérer les nouvelles œuvres à l’aune des premières, qui ont été si importantes, pour certains allumés en un premier temps, et qui le sontdésormais pour le patrimoine commun.

Il y a eu The Weirdness, en 2007, avec le guitariste Ron Asheton qui avait joué sur le premier album du groupe et sur le suivant, Fun House (1970). Ron était apparu sur l’album solo d’Iggy : Skull Ring (2003), qui préparait la reformation du groupe. Et puis l’homme à la Croix de Fer est décédé en 2009. Iggy se rabat alors sur James Williamson, le génial gratteux qui avait été choisi pour Raw Power (1973), Ron étant relégué à la basse. Williamson avait enregistré l’excellent Kill City en 1977 avec l’Iguane, produit le très bon New Values (1979) et joué les guitares dessus, produit (sans être crédité) le léger Soldier (1980).

 
 


James Williamson, Iggy Pop, Scott Asheton 
 
 
À partir de 2009, les Stooges tournent avec Williamson et Ready To Die est enregistré. Le musicien est aux quatre cordes et produit. Le disque est composé d’une série de morceaux compacts, à la lourdeur assez bien pesée. Une simplicité mélodique vocale fait souvent mouche (Burn, Sex And Money, Ready To Die). Quelques riffs sont efficaces : celui de Job, celui de DD’s, ou celui, un peu stonien, de Gun.
Il y a aussi trois morceaux plus acoustiques, parfois bluesies, dont un bel hommage à l’ami Ron Asheton : The Departed. « Ce n’est la faute de personne / Mais cette vie nocturne est juste un trip fatal / Vous pensez faire une belle affaire / Mais à la lumière du jour / Tout s’avère être un sale deal ». On apprécie le début et la fin de la chanson, quand est repris le riff de I Wanna Be Your Dog dans le style We Will Fall.

Mais, honnêtement, rien de fondamental, de susceptible de hanter les esprits. La musique des Stooges-qui-resteront-dans-l’Histoire-du-rock était jouée sur le fil du rasoir, arrangée au cutter. Elle avait un côté parfois ouvert ? C’était pour mieux laisser passer le zef de l’enfer, mon enfant ! Le chant était, comme l’avait pensé Iggy, un instrument libre et torturé dont les sons sortaient littéralement des tripes. Les musiciens allaient au bout d’eux-mêmes. Ici, tout est mesuré, ramassé, pensé en terme de supposée efficacité propre à en faire un produit vendable et écoutable par le tout-venant. Il ne suffit pas de chanter « Burn » pour que ça brûle comme dans Dirt. Il ne suffit pas d’évoquer sympathiquement des mensurations mammaires très avantageuses – DD’s – pour que l’on sente vraiment les « filles » aux « belles formes » – nous faisons ici référence à la réjouissante chanson de New Values.
On a parfois l’impression d’entendre un de ces bons groupes punks de la fin des années soixante-dix – et d’après – pour qui les opus stoogiens avaient tant compté. Une formation qui serait cependant loin d’être à la hauteur jubilatoire des Sex Pistols ou des Ramones.

Steve Mackay, qui jouait du saxophone sur Fun House – et aussi sur The Weirdness – est là. On l’entend sur Sex And Money et DD’s. Mais son jeu est soft, straight. On pense très vaguement aux cuivres de Kill City, mais en moins sentis – sur cet album, c’était John Harden qui soufflait. Mackay est cependant coincé. Les tentatives, dans The Weirdness, de retrouver quelque chose de l’esprit de Fun House furent un peu vaines – le morceau I’m Fried.

Il y a un problème de production et de mixage dans Ready To Die. Iggy a raconté que lui et Williamson ont eu des difficultés à trouver un producteur et que, de toute façon, ils ont eu envie de s’en passer – cf. l’entretien accordé par le chanteur à Julien Gaisne dans le Rolling Stone France n°54, de mai 2013. Oui, et bien c’est peut-être un tort. Il ne suffit pas de quelques gimmicks par-ci par-là pour enrichir décisivement la base punk rock, de quelques claquements de mains et choeurs synthétiques, suraigus et répétitifs, pour faire de la bonne fausse ironie – Sex And Money. On sait combien le jeu, le son de Williamson peuvent être incisifs. Beaucoup de ses interventions supposées faire décoller un minimum les morceaux sont ici fondues aux parties vocales ou rythmiques – on sait que les soli ne sont pas up to date, mais est-ce une raison ?… Certaines d’entre elles, mêlées à la voix, sont cacophoniques– le contraire d’euphoniques ! Nous pensons à la fin de Job. Pour le coup, Asheton était plus mordant sur The Weirdness, produit par Steve Albini – même si cet album était quand même globalement moins catchy que Ready To Die, reconnaissons-le.

On pourra toujours, cependant, prendre plaisir à voir les Stooges en live cet été :

Festival Garorock (Presqu’île de la Filhole – Marmande), le 30 juin.
Festival Pause Guitare (Albi), le 6 juillet.
Festival Les Déferlantes d’Argelès, le 9 juillet.

 

Un des morceaux les plus réussis de l’album…

 

A propos de Enrique SEKNADJE

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