Early Day Miners – The Treatment

Le temps a passé très très vite. Presque oublié, Daniel Burton et son collectif noisy rock panoramique à géométrie variable. Pourtant, au détour d’un petit talk-show, le guitariste et chanteur laissait poindre sa fascination pour la pop prestigieuse. Pour son groupe, il rêvait à la balance divine entre l’intransigeance de l’indie rock et l’accroche universelle d’un refrain. Là où Jesus & Mary Chain, The Radio Dept ou REM ont tracé des voies devenues aujourd’hui aussi évidentes qu’une boussole. Nous étions alors en plein dans la vague glacée de l’immense Offshore. C’était il y a trois ans, et depuis : silence radio.

The Treatment achèvera donc ce pari fou : faire de EDM un groupe de pop respectable. L’opération a demandé des sacrifices : se délester du personnel superflu (de huit, le groupe s’est réduit à quatre membres), changer les méthodes d’écriture (le binôme basse-batterie ne laisse plus que quelques miettes de terrain à la six cordes), placer le chant au premier plan. Et puis, surtout, se mettre à écrire les chansons parfaites.

Quatre ans de travaux d’amaigrissement et une cure de jouvence pour au final une plutôt bonne surprise. Car malgré le risque de perdre une partie de son électorat par un revirement radio plus immédiat (les premières secondes casse-gueule de "In the Fire" feront peur à plus d’un !), on ne peut rester qu’admiratif devant une compostition aussi équilibrée que "The Surface of Things". Au delà de la surface des choses, justement, on y creuse un sillon durable et profond, loin des ondes FM superficielles. La chanson se fait hymne, complexe dans ses ajouts subtils de chorus féminins, addictive par ses pulsations métronomiques. Les sabots post-punk de Joy Division relèguent assez vite le shoegazing contemplatif des précédents albums à la petite porte de sortie. Pour autant, tout ne reste pas mémorable, loin de là. On préférera la première partie de l’album qui crache toutes ses tripes en quatre titres, avant de tourner un petit peu en rond dans la seconde.

Bref, d’un accouchement dans la douleur qui aurait pu engendrer un alien, Burton a su garder haut la barre, manœuvrant en esthète des mélodies et des atmosphères, à l’instar d’un Glen Johnson (Piano Magic). Loin du noir mais sans pudibonderie, c’est bien vers quelques strates lumineuses que se hisse cet étonnant 6ème album.

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