Concert de Pete Walsh à l’Européen le 11 novembre

A man (and his music) visits… and stays for years ?

Un beau jour, Elliott Smith et sa guitare vinrent à Clermont-Ferrand et la vie de quelques dizaines de jeunes aspirants musiciens auvergnats en fut bouleversée à jamais. Ils s’appelaient Cocoon, St. Augustine, The Delano Orchestra ou même Zak Laughed (à supposer que ce dernier fut également suffisamment précoce pour être présent).
Ce soir, 12 novembre, les Clermontois seraient bien inspirés de se rendre en masse à la Coopérative de Mai pour que, d’ici quelques années, émergent de nouveaux groupes "made in Vulcanialand" sous haute inspiration Pete Walsh.
Et puis, allez, même pas besoin de se mettre à la musique après, ils seraient bien inspirés de s’y rendre, tout simplement pour partager un moment d’émotion comme on en a peu connu, après pourtant quelques heures de concert au compteur…

"Fervent" est en effet le plus faible des mots pour qualifier la qualité de l’auditoire de "Mr. Apartments", hier soir, à l’Européen, à Paris. Le silence entourant la prestation d’un musicien ne signifie parfois rien d’autre que le vide ; ici, il était chargé d’un respect et d’une attente rares. Pete Walsh lui-même a trouvé le mot juste pour le qualifier : la foi.
Oui, il y avait sans doute quelque chose de religieux dans cette assemblée de gens plus toujours tout jeunes, évidemment (on sait de quoi on parle…), dont on ne peut même pas dire qu’ils attendaient ce moment depuis des années (une quinzaine, pas moins), car la plupart ne l’attendaient plus depuis longtemps. Pete Walsh et ses Apartments faisaient partie de ces comètes musicales ayant brillé de mille feux l’espace de quelques saisons (avec quelques éclipses, le concernant), d’une trajectoire pas toujours linéaire, et qui semblaient perdues à jamais, fors ses disques, comme précieux vestiges.

Pete Walsh en concert à l'Européen (Paris)
Crédits photo : KMS

Et puis, il y a deux mois, on apprend l’impossible : Emmanuel Tellier, à la fois journaliste (aujourd’hui à Télérama) et musicien lui-même (49 Swimming Pools dans sa dernière incarnation discographique) a convaincu l’Australien de remonter sur scène. Pas chez lui, non, ici, en France, où il n’a pas forcément vendu plus ou moins de disques qu’ailleurs (c’est-à-dire assez peu, et de toute façon, forcément trop peu), pour trois concerts à Chinon, Paris, et donc Clermont-Ferrand.
Après toutes ces dernières années aussi erratiques que douloureuses personnellement (cf. le magnifique entretien, empreint d’une humanité bouleversante, que Walsh a justement accordé à Tellier et consultable sur le site de la Blogothèque), on pouvait aussi craindre le retour raté. Personne ne lui en aurait d’ailleurs tenu rigueur, tant tous les gens présents hier dans la salle se sentaient redevables de ses albums (The Evening Visits, Drift et A Life Full of Farewells, principalement).

Un peu d’anxiété, donc, aussi, forcément. Et chez lui aussi, manifestement. Rarement aura-t-on vu un musicien aussi visiblement ému pendant son propre concert, ne trouvant pas toujours ses mots pour aller au-delà de la pudeur. Ses lunettes noires qu’il ne quitta pas, lui donnant une classe toute scottwalkerienne, n’étaient pas de la pose, juste une mince protection contre le trop plein d’émotion.
Car Pete Walsh n’avait pas un groupe entier sur scène derrière lequel se réfugier. Juste lui, sa guitare acoustique, l’excellent Eliot Fish à la guitare électrique, parfois une trompette, un tambourin, quelques notes de piano (distillées par Fabien, des 49 Swimming Pools, qui assurait une première partie pleine de dévotion).
Quelques nouvelles compositions (Pete n’avait donc pas menti, il compose à nouveau), deux, sauf erreur (l’une pour commencer, l’autre pour finir), un répertoire largement revisité et à part à peu près égales suivant les albums, et un sommet dans l’enchaînement d’un The Goodbye Train fiévreux et d’un Mr. Somewhere particulièrement bouleversant. "La peau, elle, ne ment pas", aurait-on pu dire du côté de Vichy : la chair de poule qui la parcourait alors était le plus beau des aveux d’un concert allant au-delà de nos attentes…

Welcome back, Pete, and don’t wait another fifteen years, you belong to here.

PS : Un immense merci à Emmanuel Tellier pour avoir rendu cette soirée possible ! On sait bien qu’il est peut-être la dernière personne à qui demander ça, mais, sur certaines chansons accompagnées à la trompette, flottait inévitablement le parfum des premiers Pale Fountains. Alors, puisque les rêves semblent devenir réalité, on ne pouvait s’empêcher de faire celui-ci, encore plus fou : Michael Head (en paix pour une soirée avec ses propres démons ?) à la guitare sèche, son frère John à la guitare électrifiée et Andy Diagram à la trompette, juste tous les trois, sur une scène. Et on est prêt à aller jusqu’à Clermont s’il le faut !

NB : Un grand merci à notre ami blogueur KMS qui a bien voulu nous prêter ses photos du concert (réalisées avec les moyens du bord… pas facile non plus de faire des photos quand vous tremblez d’émotion). N’hésitez d’ailleurs pas à consulter son excellent blog.

A propos de Cyril COSSARDEAUX

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