Claude Debussy – Le musicien de l’amour (Jan Van der Crabben, Inge Spinette)

Debussy amoureux
   Homme libre, toujours il a chéri la mer. Debussy, de ces grands amoureux à qui l’histoire n’a pas rendu justice. Heureuse proposition que celle du «Musicien de l’amour», qui la doit au baryton Jan Van der Crabben. Ingénieusement soutenu par la pianiste Inge Spinette, le chanteur livre une excellente prestation. Savamment emmené par le dialogue des deux interprètes, l’échantillon des vingt-quatre mélodies françaises dresse un portrait novateur et touchant du compositeur.
Taillé pour l’interprétation du Lied et des mélodies en langue française dans lesquelles il excelle et obtient plusieurs prix d’interprétation, Van der Crabben est expert dans l’art de la négociation entre la liberté du texte et les exigences inhérentes à l’exécution. Chaque mélodie s’impose avec la grâce qui sous-tend le traitement des nuances; les mutations inhérentes à la partition, donc à la matière, sont rendues ici avec un naturel qui trahit une grande fréquentation du répertoire choisi, mais aussi la volonté des musiciens d’insuffler une nouvelle jeunesse à des morceaux trop souvent exécutés.
Placées sous le signe de l’amour, ces mélodies dévoilent subtilement les grands aspects de la composition; l’asymétrie affranchit le rythme des carcans de la mesure en libérant l’harmonie. Des timbres cristallins qui se mirent dans les quintes d’une Ballade de Villon à l’ostinato qui soutient la mélodie dans La Mer est plus belle, l’art de Claude Debussy se livre avec une grande justesse.
On décèle jusque dans les moindres nuances de cet épanchement l’attrait du compositeur pour les sonorités exotiques, qui rappellent les Estampes et le pentatonisme chinois, dans L’Echelonnement des haies par exemple. Les Cloches évoquent davantage la mélancolie de Verlaine, le Beau soir fait de la vanité une ode au crépuscule. Remarquable aussi, la justesse d’Inge Spinette dans La Mer est plus belle, introduite par un cortège d’arpèges tout en volutes et qui annonce la danse d’une Mandoline endiablée. Plus inquiets, Les Angélus font la part belle à la souffrance du coeur, véritable fil conducteur de ces morceaux choisis.
Chacune des pièces interprétées donne la mesure de la fluidité des rythmes et des tons. D’entre le subtil dialogue des vers et des sons s’annonce l’horizon de l’atonalité, la souplesse du vers. Autant d’éléments qui dévoilent «la chair nue de l’émotion».
Claude Debussy – Le musicien de l’amour
Jan Van der Crabben, Baryton – Inge Spinette, Piano
Cd paru chez Fuga Libera

A propos de Axelle GIRARD

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