Réflexions d’eau et de lumière…

D’abord, un sample aquatique, quelques arpèges, des percussions minimalistes, une voix lointaine, très lointaine, trainante, trébuchante, plaintive, et rapidement cette série d’accord en boucle, on est tous dans le liquide amniotique, on entend le bruit au dehors. Il fait bon se laisser aller, fermer les yeux, écouter le monde en suspend, attendre pour mieux découvrir, immersion totale, on sent la lumière, proche, elle a pourtant beaucoup de mal à percer.

The light that failed.

L‘émergence d’un ruisseau, un petit ruissèlement, sort de terre, d’une pierre, jaillit délicatement. Transparente. Avec lui une voix souterraine et indicible semble avoir traversé les siècles et prononcer les premiers mots sur terre.

Pourquoi la lumière n’arrive pas à passer ?

La lumière pourtant se retrouve sur la pochette, concentré sur le visage de cet homme, maigre, rachitique, les os saillants, déformé par un creux qui encadre sa cage thoracique. La lumière semble effacer son visage. Le reste est rouge. La lumière et le sang ? D’où vient cette musique ? Elle nous rappelle celle d’Animal Collective, celle du premier album, celle de Sung Tongs surtout. Plus mélancolique encore.

Une fleur éclot sur le deuxième titre, une orchidée, un chant doublé, décalé, comme un écho, vient la nourrir doucement, des guitares stridentes assistent comme nous, ravies, à sa naissance.

Juste un peu plus loin c’est Walkabout, une ritournelle imparable, un garçon de plage est là tout près pour voir la rivière ce jeter à la mer. Le chant se fait psalmodiant et on est pas étonné d’y voir figurer Panda Bear d’Animal Collective. La plainte se fait chant de sirène. L’eau et toujours là et la lumière presque aveuglante de beauté. Un sommet d’Atlas vient d’être atteint. Il regarde fier la mer au loin.

On ne le sait pas encore mais on ne redescendra plus.

Criminals est une perfection pop minimaliste qui lorgne un peu vers Deerhunter. Rien que ça. Ensuite la profonde mélancolie d’Attic Lights nous terrasse. Le chant évanescent, presque fantomatique de Cox fout la chair de poule. La lumière a d’ailleurs presque disparut.

Le rythme se fait plus rapide sur Sheila. Sheiiiil lia. Sheiiiil lia. Et encore une fois une chanson solaire et lunaire. Des rythmes circulaires et hypnotiques. Mais lorsqu’on entend ces mots prononcés en boucle « personne ne veut mourir seul » la gorge est nouée, l’eau salée d’une larme se forme sur le coin de l’œil.

Après le plus haut sommet de l’Atlas. Imaginez Animal Collective et Stereolab, piolet à la main, au sommet du monde. Vous y êtes. Quick canal. L’eau est partout, déborde de ce magma et jaillit dans le ciel. La plus belle chanson de l’année, haut la main.

On croyait avoir tout entendu, mais le très Sparklehorse Kid Klimax, nous surprend encore avec son électronique de poche, les accords d’une guitare classique omniprésents sur l’album s’y font vibrants.
La voix est lointaine sur Washington Post. Le rythme plus présent. Battements du cœur dans la mer. Chaque son résonne, cloche, orgue. On croit d’ailleurs à un moment entendre Björk à l’époque du très aquatique Vespertine.

L’eau finit son parcours sur Logos, mi-acoustique, mi-électronique. Merveilleux. Puis la voix disparaît tout doucement. Elle n’est pas prête de nous quitter. On reste là terrassé. Tout seul. C’est en écoutant cette musique qui semble venir de terre, parler pour la première fois donc, d’une beauté malade, aquatique et lumineuse, en faisant de recherches qu’on apprend que son créateur est condamné à mourir jeune, frappé par le syndrome de Marfan, maladie génétique incurable et fatale.
Cette musique est ainsi celle d’un condamné et on comprend mieux pourquoi elle nous touche aussi profondément. Pas question de la remplir de sons, il faut la remplir de vie. Faire comme si chaque note pouvait être la dernière.

On comprend mieux pourquoi depuis qu’on a découvert ce disque on a bien du mal à écouter autre chose.

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